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Coup d'envoi de la primaire UMP à Paris

Un huissier de justice et deux experts indépendants ont été mandatés pour s'assurer de l'honnêteté du scrutin.

Un huissier de justice et deux experts indépendants ont été mandatés pour s'assurer de l'honnêteté du scrutin. - -

Les Parisiens peuvent voter depuis ce vendredi matin pour choisir le candidat de l’UMP à l’élection municipale de 2014. Un scrutin numérique sur fond de problèmes techniques, de craintes de fraudes, et perturbé par le débat sur le mariage pour tous.

Si vous avez trois euros à dépenser, et que vous voulez choisir le candidat de l’UMP pour les municipales à Paris, c’est le moment. Depuis ce vendredi matin 8 heures, le vote est ouvert sur Internet. Et pas besoin d’être encarté : un paiement par chèque ou carte bancaire suffit, à condition que vous indiquiez une adresse parisienne, puisqu’un croisement avec le fichier des électeurs parisiens est effectué automatiquement. Mais entre les craintes de fraude et les dissensions entre les candidats, le parti risque d'être sous tension tout le week-end.

Quatre candidats

Les Parisiens peuvent donc s’inscrire jusqu’à lundi 18h. Une fois cette étape franchie, ils doivent choisir entre les quatre candidats de la primaire avant 19h le même jour : la grande favorite, Nathalie Kosciusko-Morizet, mais aussi le maire du 1er arrondissement Jean-François Legaret (60 ans), le conseiller de Paris Pierre-Yves Bournazel (35 ans) et le conseiller régional Franck Margain (51 ans), par ailleurs vice-président du Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin. Les résultats seront proclamés dans la foulée au Musée social, dans le VIIe arrondissement, avant un éventuel deuxième tour du vendredi 7 au lundi 10 juin.
Mais loin de l’exercice de plébiscite attendu, la primaire pourrait se révéler un exercice à haut risque pour NKM en raison de la faible participation.

« Catosphère », « fachosphère » et « droite lepéniste » contre NKM

La droite forte de Guillaume Peltier, un des courants de l’UMP, a en effet décidé de faire payer à l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy son abstention lors du vote sur le mariage gay. « L’abstention prévisible est tellement importante que ces noyaux durs peuvent faire basculer le résultat ou forcer NKM à un second tour », note Thomas Guénolé, politologue au Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po) et spécialiste de la droite. « Un certain nombre de personnes s’inscrivent avec le but de faire chuter Nathalie Kosciusko-Morizet parce qu’elle est globalement en faveur du mariage et de l’adoption pour les couples de même sexe. Il s’agit de militants de la catosphère, la fachosphère, et de ce qu’on appelle la droite forte à l’UMP, même si le qualificatif exact serait 'droite lepeniste' ».

« Un remake du match Copé-Fillon »

Une situation que regrette Michael Camilleri, à la tête des Jeunes populaires de l’UMP et filloniste. « L’exercice est totalement parasité par cette question du mariage gay, même si ce n’est pas un sujet majeur pour Paris. Encore une fois, on a un remake du match Copé-Fillon, d’une droite autoproclamée forte contre une droite désignée comme faible. Appeler à battre une candidate qui, quoi qu’on dise, est quand même celle qui a le plus de chances de gagner à Paris, c’est irresponsable. Il ne faut pas s’étonner si ça a pu démotiver certaines personnes à s’inscrire dans cette démarche ». 

Fin de la campagne, début des tensions

Mercredi matin, un peu plus d'un mois après l'ouverture des inscriptions, 17 500 inscrits ayant payé étaient comptabilisés, un chiffre très en-deçà du nombre de votants espérés par la fédération UMP pour rentrer dans ses frais, soit entre 50 000 et 60 000. La campagne, qui devait se terminer jeudi à minuit, s'est achevée sur de vives tensions entre les candidats : Pierre-Yves Bournazel a accusé Nathalie Kosciusko-Morizet de vouloir continuer à faire campagne ce week-end, tandis que Jean-François Legaret a annoncé jeudi son intention de porter plainte après la diffusion d'un message « mensonger » à son égard.

Un système « ultra-sécurisé »

Autre difficulté, les craintes de fraude, dans un parti toujours traumatisé par les rebondissements de l’élection controversée de son président. Le président de la fédération UMP de Paris Philippe Goujon a assuré que la primaire UMP à Paris était un système « ultra-sécurisé », « contrôlé » et « validé » par la Cnil, un huissier de justice et deux experts indépendants.
Alors qu'aucune preuve de l'identité des personnes qui s'inscrivent sur le site n'est demandée, et qu'il est possible d'inscrire deux personnes avec le même numéro de carte bleue, Philippe Goujon a expliqué: « Vous avez souvent des comptes joints, un couple qui se sert de la même carte bleue. C'est pour ça que la Cnil a autorisé d'ailleurs que deux personnes puissent voter avec la même carte bleue », a-t-il dit. Le système d'inscription pour lequel a opté la fédération prévoit que les personnes s'inscrivant sur le site de la primaire donnent leurs nom, adresse postale, date de naissance ainsi qu'un mail et un numéro de téléphone où elles reçoivent les codes leur permettant de voter.

Le « bug Java »

Problème, la sécurisation du système rend la procédure encore plus complexe. La favorite de la primaire s'est alarmée dans un communiqué hier soir que « de nombreuses personnes inscrites sur le site rencontrent un important et récurrent problème technique de compatibilité de leur ordinateur pour le vote ». « L'installation exigée est l'activation d'une version récente de Java qui n'est pas une opération simple », a-t-elle expliqué. Des contraintes qui ont sans doute calmé les ardeurs des plus réfractaires aux nouvelles technologies.