BFMTV

Comptes de campagne: des soupçons de surfacturation, contestés par Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon - ALAIN JOCARD / AFP

Les tarifs pratiqués par certains prestataires proches de La France insoumise lors de la campagne présidentielle de 2017 alimentent des soupçons de surfacturations, destinées à obtenir un remboursement plus important de l'Etat.

Jean-Luc Mélenchon, dont les comptes de campagne ont été validés, a-t-il cependant mis en place un système de surfacturation de prestations pendant la campagne présidentielle, afin d'obtenir davantage de remboursements par l'Etat? C'est la question soulevée, à la suite du Monde, par une enquête de France Inter parue ce jeudi.

Montage atypique

Partant du constat que les salaires payés par l'association de financement de la campagne de Jean-Luc Mélenchon sont extrêmement bas - 7949 euros, contre 2,4 millions pour Marine Le Pen, 1,7 million pour Emmanuel Macron ou encore 1,3 million pour Benoît Hamon -, France Inter décortique un système de rémunération atypique pour une campagne électorale. La radio publique souligne notamment l'emploi fréquent de l'auto-entrepreneuriat, pratique contre laquelle le candidat n'avait pas de mots assez durs

Une large part de l'équipe de Jean-Luc Mélenchon a été salariée non pas par l'association de financement de l'ancien socialiste, comme c'est souvent le cas, mais par des structures extérieures, dirigées par l'entourage du candidat. Ces structures adressaient ensuite la facture à l'association de financement de campagne de Jean-Luc Mélenchon. Cette organisation est due à la précocité de la campagne de LFI, répond l'intéressé, lancée à un moment où les comptes de campagne n'étaient pas encore ouverts.

Remboursement partiel

L'une de ces structures, l'association L'Ere du peuple, a particulièrement attiré l'attention de nos confrères, ainsi que celle des rapporteurs de la CNCCFP. Selon Le Monde, les factures présentées à l’association de financement du candidat était en effet en moyenne cinq fois plus élevées que les rémunérations versées aux salariés.

Une information que confirme l'enquête de France Inter: "Bastien Lachaud a été payé 29.000 euros brut pour son rôle de coordonnateur du pôle 'action de campagne et événements'. Or, l’Ere du peuple a refacturé ses services 129.000 euros à l’association de financement du candidat Mélenchon", explique la radio publique. La CNCCFP a ainsi limité le remboursement de ces dépenses de campagne aux seuls salaires de l'Ere du peuple, excluant notamment des "prestations matérielles".

"Cette association a facturé au prix du marché afin d’éviter un problème autrement plus dangereux qui est la sous-facturation (en cause, pour rappel, dans l’affaire Bygmalion). C’est précisément le rôle ensuite de la CNCCFP de décider ce qui entre ou n’entre pas dans le remboursement et nous nous conformons bien évidemment à sa décision", avait répondu Jean-Luc Mélenchon après la publication de l'article du Monde.

Grille tarifaire

Les deux rapporteurs chargés de contrôler les comptes de l'insoumis se sont également étonnés des tarifs élevés pratiqués par la société de communication Mediascop, possédée par la directrice de la communication de la campagne, Sophia Chikirou. 

Dans un courrier adressé au journal du soir, le quatrième de l'élection présidentielle "réfute fermement les déclarations laissant croire que nous aurions tenté de solliciter le remboursement de prestations fictives, dépourvues de finalité électorale, ou destinées à enrichir mon entourage". Cependant, Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise n'ont fourni pour l'heure aucun élément matériel permettant de justifier les tarifs pratiqués par L'Ere du peuple et Mediascop.

"Aucune irrégularité"

Au total, sur un budget de 10 millions d'euros, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) a retoqué le remboursement de 434.939 euros de factures du candidat de La France insoumise pour la campagne présidentielle. À titre de comparaison, ce montant s'élève à 873.576 euros pour Marine Le Pen, sur un budget initial de 12 millions d'euros. 

"Une dépense réformée n’est pas irrégulière, elle est simplement considérée par la Commission comme non électorale", fait valoir Jean-Luc Mélenchon sur son blog. "Il n’y a donc aucune irrégularité. En cas de doute sur la nature d’une dépense, elle recommande aux candidats de la déclarer quand même. (...) Les ‘dépenses réformées’ par la commission sont donc la conséquence de notre totale transparence avec elle (...)."

Des onze candidats à l'élection présidentielle de 2017, aucun n'a vu ses comptes de campagne approuvé "sans réserve" par la CNCCFP. Un bon point dont Olivier Besancenot, candidat en 2002 et 2007, reste le seul à pouvoir se prévaloir.

Louis Nadau