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Comment les fake news se sont invitées dans les présidentielles française et américaine

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Emmanuel Macron veut légiférer contre les fake news. En France comme aux Etats-Unis, ces fausses informations diffusées délibérément ont fait partie intégrante des campagnes électorales pour les présidentielles.

Difficile d'échapper aujourd'hui aux fake news, ces fausses informations qui circulent de façon virale sur Internet, partagées en masse sur les réseaux sociaux. C'est précisément contre elles qu'Emmanuel Macron souhaite légiférer: mercredi, il a annoncé un projet de loi qui sera présenté "probablement avant la fin de l'année" afin de lutter contre la diffusion de fake news en période électorale.

Le président français sait de quoi il parle. En pleine campagne pour l'élection présidentielle, il est lui-même victime d'une fake news. Lors du débat du 3 mai 2017 où il affronte Marine Le Pen, la candidate du FN relaie la rumeur selon laquelle son rival aurait un compte offshore aux Bahamas. L'information a été présentée comme une fuite de documents postés sur 4chan, un forum international. Emmanuel Macron dément et annonce dès le lendemain qu'il portera plainte.

Les "mains sales" de Macron et "Ali" Juppé

Ce ne sera pas la seule fake news de la campagne. En avril 2017, Emmanuel Macron rend visite aux salariés de Whirlpool à Amiens, dont l'emploi est menacé. Sur place, il est interpellé: "Hé, Monsieur Macron, on est des ouvriers, on a des mains propres. Vous nous serrez la main?". Des remarques qui se nourrissent d'un article du Gorafi: un an plus tôt, le site satirique avait publié un article titré sur une fausse déclaration d'Emmanuel Macron: "Quand je serre la main d'un pauvre, je me sens sale pour toute la journée". L'article est reposté sur les réseaux sociaux la veille du déplacement à Amiens.

En parallèle, un documentaire le montre allant à la rencontre de pêcheurs d'anguilles. On le voit brandir l'animal puis le remettre dans l'eau et se laver les mains à l'aide d'une lingette nettoyante une fois revenu dans sa voiture. Grâce à un montage, la séquence est isolée et présentée sur Twitter comme Emmanuel Macron se lavant les mains "après avoir serré quelques mains d'ouvriers". 

Emmanuel Macron n'est pas le seul à faire les frais des fake news. Durant la campagne pour la primaire de la droite, Alain Juppé avait été la cible d'un harcèlement ciblé de la part de l'extrême droite, qui l'accusait de compromissions avec les représentants d'un islam radical. Des caricatures apparaissent sur Facebook, dont un photomontage d'Alain Juppé le représentant barbu et vêtu d'un kamis musulman, avec le surnom "Ali Juppé".

Aux Etats-Unis, Obama, le Pape et Clinton

Avant la présidentielle française, la campagne pour l'élection américaine a été elle aussi ponctuée de fake news – notamment relayées par Donald Trump. Ce dernier avait ainsi affirmé plusieurs fois que le certificat de naissance de Barack Obama était un faux – ce qui aurait impliqué que, né ailleurs qu'aux Etats-Unis, Barack Obama n'aurait jamais dû pouvoir se présenter à la présidentielle. En 2011, la Maison-Blanche avait publié le document original prouvant que Barack Obama était bien né en 1961 à Honolulu, à Hawaï. Pourtant, en novembre dernier, le New York Times écrivait que Donald Trump continuait à aborder ses "doutes" sur le sujet en privé.

Autre fake news importante: le soutien du pape à Donald Trump durant la campagne américaine. Publiée sur un site nommé WTOE 5 News, cette information est ensuite reproduite par un compte spécialisé dans les fake news et atteint plus de 960.000 personnes sur Facebook. Le pape est obligé de clarifier les choses et de rappeler en octobre 2016, lors d'une conférence de presse, n'avoir pris parti pour aucun des deux candidats: ni Donald Trump, ni Hillary Clinton.

La leçon de Clinton

Cette dernière n'échappera pas non plus au phénomène. Le 7 mai 2016, Donald Trump l'accuse de vouloir "abolir le second amendement" de la Constitution américaine, qui garantir à chaque citoyen américain le droit de posséder des armes. Hillary Clinton avait uniquement soutenu l'idée d'un meilleur contrôle des armes, sans jamais évoquer d'abolition du second amendement.

Un mois après sa défaite, en janvier 2017, la candidate malheureuse tirera dans un discours les leçons du phénomène: "Les fake news peuvent avoir des conséquences mondiales", affirme-t-elle. La mine grave, elle appelle "les dirigeants des secteurs public et privé à s'engager à protéger la démocratie et des vies innocentes". Emmanuel Macron semble l'avoir entendue.

Ariane Kujawski