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C'est officiel, François Hollande n'a plus de majorité

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

L'information est passée un peu inaperçue cette semaine. Les députés écologistes ont voté contre le projet de loi sur les universités. Une opposition lourde de conséquences politiques.

C’est de la politique plus que de l’arithmétique : les socialistes ont la majorité à eux seuls à l’Assemblée, donc François Hollande peut gouverner. Mais avec ce vote des Verts, mardi, contre le texte sur l’enseignement supérieur, la notion de majorité présidentielle est vidée de son sens. Le week-end dernier, EELV a même adopté (à l’unanimité) une résolution très critique contre la politique économique du gouvernement. Si les deux ministres écolos l’ont voté, c’est qu’ils ne se sentent plus tenus par la discipline gouvernementale. Il y avait un contrat de gouvernement. Il y a maintenant une alliance de circonstances.

Ils ont l’air de considérer que la politique de François Hollande n’est pas assez écologiste. Ont-ils raison de défendre leurs idées ?

Ils l’ont fait sur le traité européen, le cannabis, le vote des étrangers – sans succès. Sur les universités, c’est plus discutable : le statut de la recherche et l’autonomie des facs n’est pas au cœur de la doctrine écologiste. En réalité, leur problème n’est pas tant que François Hollande ne soit pas assez écolo (c’est vrai qu’il ne l’est pas beaucoup) mais qu’ils le trouvent trop social-démocrate, pas assez à gauche – a fortiori après son ode aux réformes libérales de Gerhard Schröder en Allemagne : sur ces questions, les Verts allemands sont plutôt centristes ; en France, nous avons des Verts qui voient facilement rouge.

Ont-ils une chance d’arriver à peser sur la ligne ou est-ce que Cécile Duflot est condamnée à quitter un jour le gouvernement ?

Les Verts sont rigides dans l’idéologie mais ils ont une grande plasticité dans la pratique politique. Ce qu’ils font à François Hollande s’appelle du chantage. Ils savent qu’avec la série de législatives partielles en cours et les effets à venir de la loi sur le cumul, le PS pourrait perdre sa majorité absolue. Donc ils formulent des exigences pour obtenir des concessions : des mesures de fiscalité écologique, le maintien des projets sur la PMA et la GPA pour les couples gays et (surtout) le ministère de l’Environnement pour un des leurs. Avec cela, les Verts seraient prêts à signer un nouveau contrat de majorité… sur papier recyclé.

Avec la nouvelle hausse du chômage et la confirmation que la France est en récession, il y aura eu beaucoup de mauvaises nouvelles cette semaine pour François Hollande.

Oui, surtout si on ajoute la dispute publique avec la commission de Bruxelles sur le rythme des réformes et le procès de l’ancien maire de Hénin-Beaumont, qui fait mauvais genre pour le PS du Nord. La seule nouvelle positive, c’est une légère remontée dans les sondages pour l’exécutif – tellement à contretemps qu’on a du mal à y croire. C’est sans doute l’effet de la loi sur le mariage gay, qui empêche (momentanément ?) la rupture avec l’opinion. Pour ce qui est de la majorité, on est plutôt au bord du divorce.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce vendredi 31 mai.

Hervé Gattegno