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Benalla assure ne jamais avoir contrôlé de journalistes, nos images indiquent le contraire

Alexandre Benalla, qui n'a jamais eu de fonction de police, a soutenu, lors de son audition mercredi matin devant la commission d'enquête du Sénat, qu'il n'avait jamais procédé à des fouilles ou des contrôles d'identité sur des journalistes.

Alexandre Benalla a assuré durant son audition devant la commission d'enquête du Sénat: "Je n’ai jamais fouillé ou contrôlé l’identité d’un journaliste. Je vais vous présenter un exemple pour que vous compreniez mieux la fonction. En Guyane, des gens ont attaqué la préfecture. Le secrétaire général de la préfecture qui est à côté de vous. Et vous avez 500 personnes qui attaquent les policiers et la préfecture. Il se tourne vers vous et demande: 'Qu’est-ce qu’on fait?' (...) vous le faites".

Il a également déclaré: "Je sais que ce que je dis n’est pas politiquement correct mais c’est la réalité. L’autorité administrative ne prendra aucune décision sans l’aval de l’autorité politique." Philippe Bas, président de la commission d'enquête du Sénat, a alors fait remarquer: "Si monsieur Benalla avait procédé à des contrôles d’identité ou à des fouilles, ce serait des faits potentiellement délictueux et il n’appartient pas à notre commission parlementaire de l’amener à s’exprimer sur des délits qu’il aurait éventuellement commis." Alexandre Benalla a ponctué ce commentaire d'une affirmation selon laquelle il n'avait rien commis de tel. 

Certaines de nos images et des témoignages, notamment celui de l'un de nos journalistes, tendent à établir qu'Alexandre Benalla, à l'époque où il était chargé de mission du président de la République ou travaillait pour le candidat Emmanuel Macron, a menacé d'intervenir auprès de reporters, essayant parfois de contrôler leur identité. 

Pour sa défense, Alexandre Benalla précise que ce n'est pas lui qui aurait procédé au contrôle d'identité, mais les policiers qui l'accompagne. Toutefois, l'opération est restée au stade de la menace, sans être mise à exécution. 

Ainsi fin décembre, alors que le couple présidentiel passait quelques jours dans les Pyrénées à La Mongie, Alexandre Benalla est allé à la rencontre d'une de nos équipes, alors qu'elle attendait à la sortie d'un restaurant pour tenter d'obtenir quelques mots du président de la République. "Vous sortez, et papiers d'identité!" l'entend-on les apostropher. "Si vous m'avez entendu, pourquoi vous ne dégagez pas?" poursuit-il. 

Martin Cangelosi, l'un de nos deux journalistes pris à partie par Alexandre Benalla, raconte la suite, après que la caméra a été coupée: "Il nous a demandé: 'Vous voulez qu'on aille s'expliquer un peu plus loin?' en nous montrant ses poings." Plus tard, il menace ces mêmes journalistes: "Il nous a dit qu'il savait où nous habitions à Paris, avec qui on vivait, qu'il nous suivrait désormais", a ajouté notre reporter.

Manu militari 

Lors de son audition devant les sénateurs, Alexandre Benalla a évoqué le cas du photographe qui s'était rendu au domicile occupé par Emmanuel et Brigitte Macron à Marseille à l'été 2017:

"Et quand vous avez des gens qui atteignent la vie privée du président de la République, qui le harcèlent sur son lieu de vacances, quand la personne a franchi les limites, rentrant dans une propriété privée pour photographier madame et monsieur en maillot de bain, vous expliquez aux policiers et aux gendarmes qu’il n’a pas à le faire. (...) Il a été contrôlé par les policiers, il a été placé en garde à vue par un commissaire de police et non par Alexandre Benalla."

Le photographe en question a témoigné d'un autre souvenir de la circonstance auprès de notre antenne. Il a assuré qu'Alexandre Benalla lui avait "sauté dessus" pour saisir son portable et que c'était lui qui lui avait signifié sa garde à vue. 

Ces deux cas n'étaient pas sans précédent. Des images prises lors de la campagne présidentielle, le 4 mars 2017, ont montré Alexandre Benalla expulser manu militari un journaliste d'un rassemblement et lui arracher son accréditation.

Robin Verner