BFMTV

Autonomie corse: les lignes rouges du gouvernement

Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni à Matignon

Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni à Matignon - JACQUES DEMARTHON / POOL / AFP

Si le dialogue est ouvert entre le gouvernement et les nationalistes corses, la marge de négociation laissée par l'exécutif est très serrée sur les dossiers les plus sensibles.

"Cette visite est un moment extrêmement important, qui peut même devenir historique parce que la conjoncture n'a jamais été si favorable pour tourner définitivement la page d'une logique de conflit." Ce lundi sur RTL, le président de l'exécutif corse Gilles Simeoni a fixé haut la barre des attentes, à la veille d'une visite de deux jours d'Emmanuel Macron sur l'île de beauté. Samedi, des manifestations se sont déroulées à Ajaccio pour augmenter la pression sur les épaules du président de la République.

Les négociations sur le statut de la Corse, que les nationalistes arrivés au pouvoir sur l'île veulent plus autonome, seront pourtant serrées, puisque le gouvernement, ouvert au dialogue, campe cependant sur des positions fermes. Pendant la campagne présidentielle, le candidat Macron s'était borné à affirmer que "la place de la Corse est dans la République, une République suffisamment forte pour accueillir des particularités".

Depuis le début de son mandat, les positions du chef de l'Etat sont plus tranchées, et le gouvernement a déjà fait savoir que certaines revendications des élus corses étaient jugées irrecevables. Voici les principaux points chauds de ces négociations.

Rapprochement des prisonniers

Sujet explosif à l'heure du vingtième anniversaire de l'assassinat du préfet Claude Érignac, les nationalistes réclament le rapprochement des prisonniers corses (parmi lesquels figure notamment Yvan Colonna) pour qu'ils purgent leurs peines sur l'île. Au regard du statut pénitentiaire de ces détenus - au sujet duquel une bataille judiciaire est en cours - les établissements corses ne sont pas adaptés pour les accueillir, et les risques d'évasions depuis les prisons corses freinent le gouvernement sur cette question. Les partisans d'une Corse autonome demandent en outre l'amnistie de ceux qu'ils considèrent comme des "prisonniers politiques".

Langue et modification constitutionnelle

Sur cette question, Édouard Philippe et Gérard Larcher ont été intraitables: alors que les nationalistes exigent la reconnaissance constitutionnelle d'une "spécificité corse" lui accordant un statut particulier au sein d'une République définie comme "indivisible" au premier article de sa loi fondamentale. Pour la même raison, la reconnaissance de l'existence d'un "peuple corse" et la co-officialité de la langue corse, qui déboucherait sur des actes administratifs et judiciaires bilingues, sont exclues par le gouvernement. Jacqueline Gourault, "madame Corse" du gouvernement auprès du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, n'a laissé aucun doute à ce sujet:

"La notion de peuple corse voudrait dire que dans la République il y a plusieurs peuples. Il n’y a qu’un peuple, c’est le peuple français, et il n a qu’une langue. La coofficalité de la langue, le gouvernement y est opposé c’est aussi simple et clair que ça", faisait-elle savoir début janvier sur Franceinfo

Statut fiscal

  • Comme pour certains territoires d'Outre-Mer, tels la Nouvelle-Calédonie ou la Martinique, les nationalistes demandent un statut social et fiscal spécifique. Sur ce point la porte est entrouverte par l'exécutif.

"Il faut faire la différence entre un pouvoir d’adaptation et des pouvoirs législatifs qui seraient donnés à une assemblée de Corse", a expliqué Jacqueline Gourault.

La région corse bénéficie déjà d'avantages substantiels comparativement aux "continentaux": régime fiscal dérogatoire jusqu'en 2028 et de budgets Sécurité sociale et emplois publics très supérieurs par habitant.

Louis Nadau