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Au Parti socialiste, la guerre des gauches a commencé

Manuel Valls et Benoît Hamon.

Manuel Valls et Benoît Hamon. - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Après une humiliante élimination au premier tour de l'élection présidentielle, le Parti socialiste est plus que jamais au bord de l'implosion entre "gauche de gouvernement" et "gauche critique".

En 2012 le Parti socialiste avait tout: communes de plus de 10.000 habitants, départements, régions, Assemblée nationale, Sénat... et bien sûr l'Élysée. Cinq ans plus tard, Benoît Hamon recueille un cataclysmique 6,36% des voix au premier tour de l'élection présidentielle. Pire: il n'arrive en tête que dans 17 des 36.000 communes votantes. Un score historiquement bas, inédit pour un socialiste depuis le congrès d'Épinay en 1971.

"J’ai échoué à déjouer le désastre qui s’annonçait depuis plusieurs mois. J’en assume pleinement la responsabilité sans me défausser sur les circonstances du quinquennat, ni les trahisons. Cet échec est une profonde meurtrissure, je mesure la sanction historique, légitime, que vous avez exprimée", reconnaît, lucide, le candidat socialiste au soir du premier tour.

Cet accident politique solde un quinquennat au cours duquel le PS n'aura cessé de se fragmenter, de s'étirer entre gauche "sociale libérale" et gauche "frondeuse", jusqu'à la fracture de la primaire. En ne respectant pas son engagement de soutenir le champion de la Belle alliance populaire, Manuel Valls a acté ce qu'il avait lui-même théorisé, embourbé dans une guérilla avec les frondeurs: l'existence de "deux gauches irréconciliables".

"Le temps de la clarification"

Ce lundi sur France Inter, l'ancien Premier ministre signe l'acte de décès: "Nous sommes dans une phase de décomposition, de démolition, de déconstruction, moi j’aimerais qu’on soit, mais c’est sans doute un peu tôt, dans une phase de reconstruction." Et énumère les casus belli:

"Ceux qui ne partagent pas les mêmes idées, ceux qui sont en désaccord, notamment sur l’Europe, sur l’économie, sur l’entreprise, sur les questions de sécurité, peuvent-ils encore être dans la même famille politique? Personnellement, je ne le crois pas. Donc doit venir le temps enfin de la clarification."

Cette clarification devra avoir lieu entre deux courants socialistes, et peut-être même trois: l'aile gauche du PS, incarnée par Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, les sociaux démocrates, au sein desquels se distinguent les nostalgiques de François Hollande et la maire de Paris Anne Hidalgo, et les sociaux libéraux, menés par Manuel Valls. Pour l'heure, la fracture est si profonde qu'elle permet au premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis d'affirmer dans Le Point que "le PS n'a pas été représenté durant cette présidentielle atypique".

Les querelles idéologiques se doublent, évidemment, de conflits personnels. Toujours dans Le Point, l'ancien vallsiste Luc Carvounas dégaine:

"Nous devons sortir du socialisme à la papa. Pourquoi Cambadélis devrait-il se maintenir à la tête du PS? Quand tu perds, tu cèdes la place, à l'image de Jospin en 2002. Il existe, en dehors des hollandais, un pôle central du PS qui va s'organiser sans donner les clés ni aux sortants amers ni à l'aile gauche."

Opération survie

La survie du Parti socialiste est donc loin d'être certaine: chez les hamonistes, la tentation de prolonger l'accord électoral avec les écologistes au sein d'une nouvelle formation politique existe. Reste à savoir si cette gauche peut survire face à Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise, en force après le premier tour. Les vallsistes pourraient, quant à eux, fonder une force d'appoint pour l'éventuelle majorité parlementaire macroniste, rassemblés dans une "maison des progressistes".

Il reste, dans l'immédiat, à survivre à l'Assemblée nationale, où le Parti socialiste pourrait réunir moins de députés qu'en 1993, lors de sa pire performance législative (52 sièges). Jean-Christophe Cambadélis résume le dilemme qui se présente aux éléphants du PS: "Si nous nous coalisons avec Macron, la gauche du parti s'en ira. Si nous refusons la coalition, c'est Manuel Valls qui claquera la porte."

Louis Nadau