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Marine Le Pen à Budapest: pourquoi l'extrême droite française se relaie auprès de Viktor Orban

Viktor Orban lors d'un discours à Budapest le 23 octobre 2021.

Viktor Orban lors d'un discours à Budapest le 23 octobre 2021. - Attila KISBENEDEK / AFP

Marine Le Pen se rend ce mardi à Budapest et sera reçue par le Premier ministre ultraconservateur Viktor Orban. Une visite qui intervient un mois après un déplacement similaire d'Éric Zemmour, notamment avec Marion Maréchal.

Un mois après Éric Zemmour, qui a pris soin de s'afficher au côté de Marion Maréchal, c'est au tour de Marine Le Pen de se rendre sur les rives du Danube, terres de l'ultraconservateur Premier ministre magyar Viktor Orban. La candidate du Rassemblement national (RN) à l'élection présidentielle française marche dans les pas de son quasi-rival jusqu'à Budapest, bien que ce dernier n'est toujours pas officiellement candidat malgré des paroles peu équivoques.

La députée du Pas-de-Calais a été accueillie par les services du Premier ministre, presque comme une cheffe d'État, a constaté BFMTV sur place. L'ex-patronne du RN, en retrait de la direction du parti le temps de la campagne, déjeunera avec Viktor Orban, qui lui accordera ensuite une entrevue, avant une conférence de presse commune prévue à 15 heures.

Une visite aux atours plus officiels que ceux d'Éric Zemmour le mois passé. Le sulfureux polémiste avait été reçu par Viktor Orban lors d'un entretien privé, en marge d'un sommet démographique réunissant des personnalités de la droite identitaire, comme l'ancienne députée frontiste du Vaucluse Marion Maréchal, par ailleurs nièce de Marine Le Pen, ou encore l'ancien vice-président américain de Donald Trump Mike Pence.

"Un oracle réactionnaire"

"J'admire sa politique, j'admire sa résistance à l'air du temps, aux pressions de tout genre, de la Commission (européenne, NDLR), des Allemands, d'Emmanuel Macron; oui j'admire ça et je pense qu'il a compris ce qui se passait vraiment en Europe, au-delà des modes et du diktat politiquement correct", avait lâché Éric Zemmour à l'issue du déjeuner-rencontre.

Ainsi courtisé, Viktor Orban serait-il devenu une sorte de "modèle" pour l'extrême droite française? C'est une lecture étayée par l'enseignant à Sciences-Po Patrick Martin-Genier.

"On va consulter un oracle réactionnaire, d'extrême droite, qui est au pouvoir et qui fait l'objet de mesures d'infractions de la part de la Commission européenne. (Un pays) où il n'y a plus de liberté de la presse, où les juges ne sont plus indépendants", analysait ce mardi matin sur BFMTV ce spécialiste des questions européennes et internationales, qui voit en la Hongrie un "État qui ne respecte plus l'État de droit".

"M. Zemmour est allé là-bas, à Budapest, il avait déclaré son admiration pour M. Orban; et là Mme Le Pen va effectivement chercher une sorte de ressourcement idéologique auprès d'Orban, qui est complètement au ban de l'Union européenne", poursuit Patrick Martin-Genier.

Le Pen et Orban, ensemble contre les "diktats" de l'UE

Cité par Politico, l'eurodéputé RN Nicolas Bay, aussi du voyage en Hongrie, estime que Marine Le Pen et Viktor Orban ont "une même vision" autour des "diktats de l'UE, les politiques natalistes et l'immigration de masse". Des points de divergence existent toutefois entre les deux personnalités quant à des sujets de société.

Comme le rappelle l'AFP, Éric Zemmour et Marion Maréchal partagent avec Viktor Orban un conservatisme indéniable sur certaines thématiques, brandissant la théorie complotiste dite du "grand remplacement" et fustigeant un prétendu "lobby LGBT", alors que Marine Le Pen n'avait pas défilé dans les rangs de la Manif pour Tous en 2013.

Viktor Orban, 58 ans, a été Premier ministre de Hongrie entre 1998 et 2002, avant un retour au pouvoir en 2010, ininterrompu à ce jour. Il a notamment fait part en juillet dernier de sa volonté d'organiser un référendum sur sa loi anti-LGBT. Ce texte, dont la teneur a déclenché une procédure d'infraction de la Commission européenne, vise à interdire la "promotion" de l'homosexualité auprès des mineurs ainsi que l'évocation de la transidentité.

Lundi à l'AFP, le porte-parole du RN Sébastien Chenu a déclaré que "(le RN) n'est pas là pour donner des bons ou des mauvais points à Viktor Orban". "Ce qui nous intéresse, c'est la façon dont la Hongrie résiste à l'Union européenne, dont elle dit 'Nous devons résister à cette submersion migratoire'". Sur l'immigration, Viktor Orban s'oppose par exemple à l'accueil de réfugiés musulmans, invoquant "l'identité culturelle de l'Europe".

Coalition européenne "à droite de la droite"

Le Fidesz, parti de Viktor Orban, a quitté en mars dernier le Parti populaire européen (PPE), au Parlement européen, dont il était menacé d'exclusion. Depuis, celui qui avant ça gardait ses distances avec Marine Le Pen, veut dorénavant construire une alliance "à droite de la droite", indique à l'AFP la politologue hongroise Petronella Soos, spécialiste de la France.

Les multiples rencontres de Viktor Orban pourraient donc servir des intérêts multiples: ceux du Hongrois de constituer une force ultraconservatrice au niveau européen, avant les élections législatives hongroises au printemps prochain; et ceux des deux personnalités françaises.

Dans la course à la présidentielle, qui ne dit pas son nom pour Éric Zemmour, il s'agit pour le polémiste de continuer à tenter de grignoter l'électorat de Marine Le Pen. Pour cette dernière, d'envoyer une carte postale d'Europe centrale à la frange la plus radicale de son socle électif et lui donner des gages, alors que plusieurs sondages font montre de la dispersion des voix qui lui étaient jusque-là acquises, menaçant la réédition d'un duel Le Pen/Macron.

Clarisse Martin avec Loïc Besson