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Âge pivot à 64 ans: le gouvernement multiplie les signes d'ouverture vers les syndicats

Edouard Philippe

Edouard Philippe - Thomas SAMSON / POOL / AFP

Le discours du Premier ministre mercredi, qui a dévoilé le détail de la réforme des retraites, a accru la détermination des grévistes et l'isolement du gouvernement. L'idée d'un âge pivot de départ à la retraite fixé à 64 ans surplombant l'âge légal de 62 ans fait figure de pomme de discorde. Depuis, le gouvernement tente de désamorcer la controverse et de se faire plus coulant sur la question.

Ça ressemble à un entonnoir. Jusqu'ici, le vaste débat soulevé par la réforme des retraites voulue par l'exécutif embrassait de nombreux thèmes. Il tend dernièrement à se concentrer autour du seul sujet de l'âge du départ en retraite depuis le discours du Premier ministre au Conseil économique, social et environnemental mercredi. Celui-ci l'a assuré: le gouvernement n'entend pas toucher à l'âge légal de départ à la retraite, établi à 62 ans, mais inciter, via un système de bonus/malus, à partir plus tard, fixant l'âge pivot à 64 ans.

Edouard Philippe "ouvre la porte" de Matignon aux syndicats 

Cette seule annonce a semblé mettre au second plan toutes les autres dispositions polémiques du projet, du principe même d'une retraite à points à la question de la pénibilité, en passant par la valeur du point, la refonte des différents régimes en un système unique. Il faut dire que certains syndicats, parmi les plus enclins à appuyer la réforme, à commencer par la CFDT, en avaient fait un casus belli. Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, a ainsi expliqué au sortir de la prise de parole d'Edouard Philippe que "la ligne rouge avait été franchie". Son syndicat a alors rallié la mobilisation. 

Dans l'obligation de réagir, mercredi soir et ce jeudi, le gouvernement n'a cessé de protester de son "ouverture" sur le sujet. Ce jeudi, Edouard Philippe a déclaré sur Twitter:

"J’ai noté ce matin la demande de certains partenaires sociaux et notamment de Laurent Berger qu’une réunion soit organisée à Matignon. Je l’ai dit hier : ma porte est ouverte et ma main est tendue. J’appellerai dès cet après-midi les leaders syndicaux et les représentants des employeurs pour voir avec eux comment reprendre rapidement le dialogue sur la construction du système universel de retraite."

La veille, au journal de 20h de TF1, il avait développé: "Tout le monde peut partir à 62 ans, mais il faut un âge d'équilibre et un âge de responsabilité. Partir avant c'est un malus, partir après c'est un bonus". Puis il avait enchaîné: "Je suis ferme sur le principe (...) d'un système qui concernera tout le monde (...) véritablement universel", mais "je ne suis pas fermé et j'ai indiqué à l'ensemble des organisations sociales et syndicales qu'il y avait toute une série de points sur lesquels nous pouvions améliorer la réforme". 

Le sens de la nuance d'Olivier Dussopt 

Ces dernières heures, les membres du gouvernement se sont empressés de se livrer à l'exégèse des propos du Premier ministre. Ce jeudi matin, Olivier Dussopt, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Action et des Comptes publics, a ainsi affirmé sur notre plateau: "Le Premier ministre l’a dit lui-même, nous devons assurer l’équilibre du système et pour ça travailler un peu plus progressivement d’où la proposition qu’il fait de l’âge pivot à 64 ans mais d’ici quelques années, d’ici 2027". Si cette première partie pouvait donner le sentiment que les jeux étaient faits s'agissant de l'âge pivot, il a aussitôt nuancé:

"Il a aussi dit que la gouvernance du système de retraites serait confiée aux partenaires sociaux. (…) Et il a dit que si les partenaires sociaux dans cette gouvernance faisaient des propositions de trajectoires pour garantir cet équilibre il était ouvert à la discussion."

Richard Ferrand et Bruno Le Maire lancent les invitations 

Son patron à Bercy, Gérald Darmanin, s'est montré plus direct sur les ondes d'Europe 1: "Si les partenaires sociaux se mettent d’accord sur autre chose pour équilibrer le système des retraites, le gouvernement écoutera les partenaires sociaux".

Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale, a emprunté la même voie sur RTL. "Le Premier ministre a indiqué qu’il mettait sur la table cette solution pour financer les avancées sociales extrêmement positives. Il dit: 'Si les partenaires sociaux ont d’autres propositions pour que tout cela soit possible à financer, alors je ferais miennes ses propositions'. Le gouvernement met sur la table des hypothèses. Aux organisations syndicales d’en proposer des meilleures", a-t-il dit. 

S'exprimant auprès de France 2, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a de nouveau lancé les invitations à l'attention des partenaires sociaux.

"Nous proposons l'âge pivot à 64 ans, avec un système de bonus et de malus (...). Est-ce qu'il y a de meilleures solutions ? Peut-être, venons en discuter", a-t-il proposé.

Pour Gilles Le Gendre apparemment, tout ça ne repose que sur un malentendu. "Tout le monde, depuis hier, fait comme si la question de l'âge d'équilibre à 64 ans avait été décidée et fixée, c'est faux", s'est-il récrié sur CNews: "La question de l'âge pivot je le dis solennellement, de l'âge d'équilibre, n'est pas décidée, en aucun cas!" Il a repris: "On peut discuter de tout dès lors que la question de l'équilibre financier est assurée mais il y a des sources infinies de recherche d'accords et de solutions".

Ces "sources infinies de recherche d'accords et de solutions" pourraient donc converger vers une nouvelle formule de l'âge pivot, voire un abandon. L'occasion pour le gouvernement de lâcher du lest sans trop perdre la face. 

Robin Verner