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A qui appartient l'expression "racisme anti-blancs" ?

Accusé de récupérer les idées de l'extrême droite, Jean-François Copé avance que Najat Vallaud-Belkacem a également parlé de "racisme anti-blancs".

Accusé de récupérer les idées de l'extrême droite, Jean-François Copé avance que Najat Vallaud-Belkacem a également parlé de "racisme anti-blancs". - -

En parlant de "racisme anti-blanc", Jean-François Copé a créé la polémique. Récupération des idées du Front national ? Idée partagée avec Najat Vallaud-Belkacem ? BFMTV.com remonte à l'origine de cette expression.

"Briser un tabou". En dénonçant le "racisme anti-blanc" dans son dernier livre, Manifeste pour une droite décomplexée, Jean-François Copé a aussitôt été accusé de copier la rhétorique du Front national, à commencer par Marine Le Pen elle-même. "Personne n'est propriétaire ni des mots ni des idées", a riposté Jean-François Copé tandis que son rival pour la présidence de l'UMP, François Fillon, renchérissait "Le FN n'est propriétaire de rien."

Coup d'oeil sur l'origine de cette expression employée aussi bien par le FN ou le PS, mais à des fins bien différentes.

• Le racisme "anti-Français" de Jean-Marie Le Pen

Dès mercredi matin, le député-maire de Meaux a suscité de l'amusement dans les rangs du Front national, pour ne pas dire de l'ironie. Pour Marine Le Pen, Jean-François Copé fait du "Copé-coller".

Le concept de racisme "anti-blancs" daterait de 1978 selon Sylvain Crépon, interrogé par le JDD. D'après ce spécialiste de l'extrême droite, le frontiste François Duprat utilise déjà l'expression "anti-Français". Si les mots diffèrent, l'idée est là. Une idée que reprend Jean-Marie Le Pen dès 1985 :

L'expression controversée est ensuite largement reprise à l'extrême droite par Bruno Gollnich en 2010, qui dénonce le "développement dans notre pays du racisme ant-blanc". Entre les lignes, le massage est clair : ce ne sont pas eux les racistes mais bien les "anti-blancs" ou "anti-Français".

• "Quand c'est Jean-François Copé, on n'a pas le droit d'en parler"

Accusé de reprendre un thème fort de l'extrême droite, Jean-François Copé se défend : la socialiste Najat Vallaud-Belkacem a utilisé bien avant lui cette expression dans son livre Raison de plus !, publié pendant la dernière campagne présidentielle.

Et Luc Chatel de défendre le candidat à la présidence UMP en incitant "à lire le livre de Mme Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement qui, très clairement, évoquait le racisme anti-blancs en disant que c'est une réalité. Quand elle en parle, on dit que c'est naturel et quand c'est Jean-François Copé, on n'a pas le droit d'en parler".

•Najat Vallaud-Belkacem, une "adversaire qui dénonce le flirt d'une partie de la droite avec l'extrême droite"

Que dit exactement l'actuelle ministre des Droits des femmes dans son livre ? Sur Twitter, elle crie au contre-sens et à la manipulation. "M. Copé aurait été bien inspiré de lire jusqu'au bout le chapitre de mon livre dont il tire une citation. Il n'y aurait pas trouvé une alliée comme il veut le faire croire, mais une adversaire qui dénonce le flirt d'une partie de la droite avec l'extrême droite", assure-t-elle ainsi.

Pour vérifier, il suffit de cliquer... Le livre Raison de plus ! de Najat Vallaud-Belkacem est consultable en ligne. Elle y dénonce le changement rhétorique des dirigeants de "l'ultradroite" qui ne parlent plus de "races supérieures" mais de "civilisations incompatibles".

• Une classe politique divisée

Depuis la sortie de Jean-François Copé, les réactions ne manquent pas. La gauche dénonce unanimement ses propos à l'instar de Vincent Peillon, Anne Hidalgo et Jean-Luc Mélenchon. A droite, les avis divergent.

Dans les appuis de Jean-François Copé : Claude Guéant. L'ancien ministre de l'Intérieur déclare ce jeudi que le "racisme anti-blancs est une réalité" et qu'il n'y aurait "rien de pire pour une société" qu'une situation où les élites dissimuleraient la vérité." Dans les sceptiques: Christian qui appelle à ne pas "attiser les sentiments des uns et des autres".