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A Marseille, François Hollande doit faire un exemple

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

François Hollande est aujourd’hui à Marseille, notamment pour inaugurer le Musée des civilisations de la Méditerranée, alors que la ville est frappée par la crise, la violence et les scandales.

Il ne faut pas réduire Marseille à sa mauvaise réputation. Donc c’est positif que le chef de l’Etat s’y rende pour inaugurer de grandes réalisations : un navire (le plus grand porte-containers du monde) et un musée magnifique – c’est la preuve que Marseille regarde vers le passé et vers l’avenir. Mais le présent est marqué par les meurtres, le chômage, les scandales. Marseille est la Capitale européenne de la culture mais aussi une ville dégradée, ruinée (financièrement et moralement). C’est cette déchéance que François Hollande doit faire cesser. Pas seulement avec de l’argent : avec des gestes politiques.

Par exemple ? Quels gestes peut-on attendre du président de la République pour aider Marseille ?

L’Etat fait avec ses moyens, le chef de l’Etat peut manier les symboles. Le PS marseillais est miné par les scandales : en visite la semaine dernière, Manuel Valls a dû chasser des élus d’une réunion parce qu’ils étaient mis en examen ! François Hollande a fait savoir qu’il ne voulait pas croiser Jean-Noël Guérini, qui accumule les mises en examen infâmantes – encore une hier dans des affaires de marchés truqués. Il n’empêche qu’il garde la main sur le Conseil général et les centaines de millions d’argent public qui vont avec, mais le PS ne l’a même pas suspendu (c’est allé plus vite et plus fort avec Cahuzac) ! On a beaucoup parlé de probité ces derniers mois : à Marseille, François Hollande devrait montrer l’exemple – c’est-à-dire faire un exemple.

Est-ce que c’est vraiment le sort de Jean-Noël Guérini qui peut influer sur l’avenir de la ville ? Est-ce que ce n’est pas lui donner trop d’importance ?

L a situation scabreuse, honteuse de Jean-Noël Guérini est un verrou qui bloque toute transformation. Il a pris lui-même la tête d’une croisade contre le projet de métropole, qui ferait bénéficier Marseille de la solidarité des communes voisines. Son argument est que ce serait une couche administrative de plus dans le fameux mille-feuilles français. Ce n’est pas faux, mais la logique serait en fait de supprimer le département et tant que Guérini y sera bunkerisé, aucune réforme ne sera possible. Sur ce dossier-là, François Hollande a le pouvoir d’imposer le changement (par la loi). On verra jusqu’où il a le courage d’aller.

C’est un dossier sur lequel l’immense majorité des maires des Bouches-du-Rhône est d’accord pour empêcher la réforme, à droite comme à gauche. Est-ce que François Hollande peut passer outre ?

C’est la seule solution. Si Lyon est bien plus puissante que Marseille, c’est parce qu’elle s’est constituée en communauté urbaine avec 30 ans d’avance, et toutes les villes autour ont profité de sa croissance. Dans les Bouches-du-Rhône, le faux unanimisme des élus locaux contre le projet de métropole se nourrit surtout des égoïsmes locaux et du clientélisme que personne ne veut abandonner. Il est grand temps qu’à Marseille aussi, on rompe avec des états de fait qui jurent avec l’Etat de droit.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mardi 4 juin.

Hervé Gattegno