BFMTV

A Las Vegas, Sarkozy ne pariera… que sur lui-même

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Nicolas Sarkozy part ce mercredi pour Las Vegas, où il donne demain une conférence. Pendant ce temps, à Paris, on va beaucoup parler du documentaire de Franz-Olivier Giesbert ce soir sur France 3, où il est attaqué par François Fillon.

Ce voyage à Las Vegas résume assez bien le double jeu actuel de Nicolas Sarkozy. Jeu d’argent : il est devenu un conférencier recherché pour les milieux financiers, ce qui lui rapporte plus de 100 000 euros par prestation – ça valait le coup de bûcher son anglais ! Et jeu politique : ses rares sorties publiques sont mises en scène pour qu’il soit à la fois le grand absent et de plus en plus présent dans le débat national. Les confidences qu’il distille à ses visiteurs, les réunions de ses amis, ses rencontres avec des chefs d’Etat, tout est conçu comme autant de piqûres de rappel pour l’opinion – des piqûres pour qu’on le rappelle…

Ça ne fait aucun doute : Nicolas Sarkozy préparerait son retour pour 2017 ?

Vous parlez d’un scoop ! C’est le secret le mieux partagé du tout Paris politique. Pour qui connaît Nicolas Sarkozy, c’est à peu près évident qu’il ne voudra pas rester sur un échec. Et surtout il le dit – en « off », à ses visiteurs : il sait que ce sera répété, qu’il ne devrait pas le dire si tôt, mais il ne peut pas résister… Il y aussi le fait qu’il a besoin de rester dans le jeu pour que l’UMP ne s’habitue pas trop à se débrouiller sans lui. Voyez comment ses proches ont organisé le contre-feu aux attaques de François Fillon : avant même la diffusion du film, ils ont fait savoir à quel point Nicolas Sarkozy piaffe et qu’il pourrait se sentir « obligé de revenir »… En clair : il ne se rase plus, mais il pense toujours à la présidentielle…

L’une des attaques de Fillon, justement, consiste à dire qu’un retour est pratiquement impossible pour un président qui a été battu. Ce n’est pas un argument convaincant ?

François Fillon essaie de s’en convaincre mais non, l’observation n’est pas pertinente. C’est un fait qu’aucun président n’a jamais réussi ce come-back. Seulement il n’y a qu’un seul précédent : Giscard, qui a rêvé de revenir après 1981 mais qui n’a pas pu. Hormis Sarkozy, il est le seul sous la Ve République à avoir été battu. C’est peu pour en tirer un théorème. D’ailleurs, François Fillon aurait tort de se focaliser sur ce précédent : après la chute de Giscard, c’est bien son premier ministre qui a relevé le gant à sa place (Raymond Barre) mais pour subir un échec cuisant à la présidentielle suivante. Donc l’exemple n’est pas très bon pour lui non plus…

Si Nicolas Sarkozy en a bien la volonté, quelles sont les conditions qui pourraient favoriser – ou empêcher – son retour ?

Il y en a 4 : il faut une crise économique persistante, une présidence Hollande décevante, une relève à l’UMP inconsistante, une Marine Le Pen menaçante. Hélas, Rien de tout cela ne paraît improbable. Sans être exagérément pessimiste pour la France ni trop optimiste pour Nicolas Sarkozy, on peut comprendre qu’il y croie. S’il y avait un casino politique à Las Vegas, il est probable qu’il y miserait tous ses jetons… sur lui-même.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mercredi 8 mai.

Hervé Gattegno