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2017: quand les politiques se mettent au "fact-checking"

Un clavier d'ordinateur (illustration)

Un clavier d'ordinateur (illustration) - Loïc Venance - AFP

Apparu aux États-Unis, le "fact-checking" est aujourd'hui devenu une tendance dans le journalisme pour repérer et démonter les rumeurs et fausses informations... Mais à l'instar du Front national et des partisans de Jean-Luc Mélenchon, qui ont lancé leurs cellules de vérification pendant "L'Emission politique" sur France 2 jeudi soir, les politiques se mettent également à jouer les "fact-checker".

À quelques mois de l'élection présidentielle, le "fact-checking" n'est plus seulement l'affaire des médias: certains politiques ont décidé de s'y mettre. Lors du passage de Marine Le Pen dans "L'Emission politique" sur France 2, l'équipe de la candidate du Front national à la présidentielle a mis en place sur son site une "plateforme de vérification des déclarations de ses interlocuteurs".

Le premier billet annonce la couleur: "vous êtes habitués au "fact checking" auquel s’adonnent avec plus ou moins de sérieux les médias en ligne. Ici, nous apporterons des informations factuelles et vérifiées, [...] permettant de rétablir la vérité si un point a été mal ou faussement présenté, ou encore si une information s’avère partielle et donc partiale."

En deux heures d'émission, seulement trois messages ont été publiés sur le site de "vérification", qui s'est surtout attaché à s'indigner des questions de David Pujadas. Lorsque celui-ci a interrogé la candidate sur le salaire de Louis Aliot lorsqu’il était assistant parlementaire de sa compagne, les "fact-checkeurs" de Marine Le Pen ont ainsi riposté... en publiant un message sur la rémunération du présentateur. Ce n'est pas la première fois que le Front national se lance dans une opération de vérification. Le parti avait déjà lancé son "décodeur bleu marine", dont le nom rappelle d'ailleurs la rubrique du journal Le Monde dédiée à la vérification des faits. 

"Fact checking" ou discours partisan? 

De leur côté, dans la même soirée, les supporteurs de Jean-Luc Mélenchon ont également décidé de passer au peigne fin "L'Emission politique" de France 2 en organisant une "grande soirée désintox". Sur leur site, les équipes de l'"Observatoire insoumis" ont par exemple pointé du doigt le changement de position de la candidate d’extrême droite sur l’énergie nucléaire. Mais l'initiative a surtout assuré de la visibilité aux partisans de Jean-Luc Mélenchon. 

Et le "fact-checking" a rapidement basculé... dans le discours partisan. Lors de l'évocation de l'affaire Théo, violenté lors d'un contrôle de police à Aulnay-sous-Bois, par Marine Le Pen, les équipes de vérificateurs de Jean-Luc Mélenchon ont ainsi publié une vidéo de leur candidat s'exprimant sur le même sujet. "Une réaction claire" qui n'a "rien avoir avec Marine Le Pen" expliquent-ils dans le live de cette "soirée désintox". 

Une rubrique #Stopintox sur le site de François Fillon

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ne sont pas les seuls à se livrer à cette imitation de la pratique journalistique. Déjà lors de la campagne pour les primaires Les Républicains, Alain Juppé avait publié une vidéo pour ironiser sur le bilan du quinquennat de François Hollande.

Extraits d'interventions de François Hollande, infographies, voix off: le candidat avait repris les codes du fact-checking pour mettre le président sortant face à ses contradictions en l'accablant de statistiques prouvant l'échec de son mandat. Comme l'indique un article du journal Le Monde consacré, notamment, à cette vidéo, les chiffres cités par le maire de Bordeaux sont dans l’ensemble exacts, mais aucun point positif du bilan de François Hollande n'est mis en avant pour nuancer le propos. 

Sur son site de campagne, François Fillon consacre lui aussi une rubrique entière à la vérification d'informations. Avec "#Stopintox Les faits pour rétablir la vérité”, les équipes du candidat du parti Les Républicains traquent les "intox" qui pourraient circuler concernant son programme. Emmanuel Macron a également lancé le site "Vision Macron", une sorte de moteur de recherche permettant de retrouver toutes ses déclarations.

Le risque, s'y perdre? 

Si lors de campagnes électorales les candidats semblent inquiets de lutter contre les "intox" pouvant nuire à la compréhension de leur programme, cette tendance au fact-checking touche même les élus déjà au pouvoir. Il existe par exemple une rubrique "vrai-faux" sur le site officiel du gouvernement, mimant encore une fois le travail des rédactions.

Lors de la diffusion de l'enquête de Cash Investigation sur la construction du stade de Nice, la municipalité avait également souhaité rétablir "la vérité", en mettant en ligne un site Internet appelé "vérités stade de Nice" sur lequel les élus répondent aux "mensonges" de l'émission de France 2. Pendant la diffusion de celle-ci, l'adjoint au maire de Nice Christian Estrosi s'était également lancé dans une série de tweets pointant du doigt, selon lui, les intox de l'enquête.

Et après les journalistes et les politiques se sont maintenant... les membres d'association qui ont décidé de se mettre à "fact-checker". Cette semaine, une cinquantaine d'associations contre l'exclusion et la pauvreté ont décidé de lancer des comités de vigilance pour dénoncer les contres-vérités prononcées par les politiques dans les campagnes présidentielles et législatives. Désintox contre désintox, le risque pour cette pratique qui voulait permettre d'y voir plus clair et de mieux "décoder" l'information est désormais... de s'y perdre. 

Maëva Poulet