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167 députés de la majorité défendent la nomination de Gérald Darmanin dans une tribune

Les députés à l'Assemblé nationale, ce mercredi 12 décembre 2018.

Les députés à l'Assemblé nationale, ce mercredi 12 décembre 2018. - Bertrand GUAY / AFP

A l'image d'Emmanuel Macron, les députés LaREM et d'Agir ensemble se réfugient derrière la présomption d'innocence afin de justifier l'arrivée du nouveau ministre de l'Intérieur.

La nomination de Gérald Darmanin n'en finit plus de faire réagir. Visé par une plainte pour des accusations de viol qui remontent à 2009, le nouveau ministre de l'Intérieur est au centre de toutes les critiques. Ce mardi, lors de son interview télévisée du 14-Juillet, Emmanuel Macron a défendu celui qui était encore récemment maire de Tourcoing et ministre de l'Action et des comptes publics, arguant que "la présomption d'innocence" prévalait dans cette situation.

"Cause nationale du quinquennat"

C'est ce même argument qui sert d'ailleurs de point d'attaque aux 167 parlementaires qui ont apporté leur soutien à Gérald Darmanin dans une tribune publiée ce mercredi dans le quotidien Le Monde.

Co-écrite et signée par des députés LaREM et Agir ensemble, cette dernière débute par une dénonciation des "attaques particulièrement violentes de la part de manifestantes et manifestants" auxquelles font face le nouvel homme fort de la place Beauvau ainsi que le nouveau garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, notamment contesté pour ses propos passés sur la vague #MeToo.

Puis, les élus affirment que l'égalité entre les femmes et les hommes reste l'une des priorités d'Emmanuel Macron et de son gouvernement, ainsi que la lutte "contre les violences sexuelles et sexistes."

"C’est une grande cause nationale du quinquennat, nous la portons avec force, détermination et constance, et nous en sommes fiers", peut-on lire.

"Garde-fou contre l’arbitraire"

Est alors abordée la question de la présomption d'innocence, qui comme le rappelle la tribune est "protégée par notre Constitution." Pour les députés, à l'image des propos d'Emmanuel Macron ce mardi, "seule l’institution judiciaire peut dire qui est coupable ou non, et c’est un garde-fou contre l’arbitraire."

"La vindicte populaire n’est pas la justice. Là où l’arbitraire règne, il n’y a pas de démocratie et les plus faibles sont livrés au sort des plus forts", est-il encore précisé.

Ainsi, le ministre de l'intérieur, qui "n’est ni mis en examen ni placé sous contrôle judiciaire, ne fait pas exception", et a le droit "comme tout citoyen, à la présomption d’innocence", écrivent encore les élus.

En ce qui concerne Éric Dupond-Moretti, ces derniers qualifient de "mauvais signe" qu'il lui ait été reproché d'avoir assuré la défense de certains clients, comme Mohamed Merah.

"Tout individu a le droit d’être défendu, quelle que soit la gravité des faits qui lui sont reprochés", estiment les parlementaires.

Réactions indignées

En guise de conclusion, les députés signataires affirment que le "sort des plaignantes et des plaignants" est un enjeu qui reste majeur et qu'il convient de continuer à "améliorer leur accompagnement et leur écoute à chaque instant, pour que le parcours judiciaire ne soit plus un parcours du combattant."

Logiquement, cette tribune a vivement fait réagir sur les réseaux sociaux. Ce mercredi matin, la militante féministe Caroline De Haas s'est indignée des arguments utilisés par les élus dans une série de tweets.

"Bonjour à toutes et tous sauf aux parlementaires qui écrivent ce matin dans Le Monde que pour que la justice soit rendue, les féministes devraient arrêter de manifester", a-t-elle écrit. Elle a dénoncé un "déni de réalité de la part de parlementaires sur la réalité du fonctionnement de l’institution judiciaire", évoquant le faible nombre d'affaires de viols ou de tentatives de viols qui se soldent par des condamnations.
https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV