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Viols dans le sport: "des prédateurs dans un huis clos"

Le sport, un milieu plus propice aux agressions sexuelles?

Le sport, un milieu plus propice aux agressions sexuelles? - -

Mercredi dernier, un entraîneur de tennis était mis en examen pour viols et agressions sexuelles sur mineurs. Ce lundi, un entraîneur de volley comparaissait pour des faits similaires. Le milieu sportif serait-il propice à ces affaires d'abus sexuels? Eléments de réponse avec le docteur Muriel Salmona, psychiatre.

Depuis la condamnation, en février, de l’ancien entraîneur de tennis Régis de Camaret à 10 ans de prison pour le viol de deux de ses pensionnaires mineures, d’autres affaires similaires, toutes dans le milieu du sport, ont éclaté au grand jour.

Ainsi mercredi dernier, un quadragénaire, entraîneur de tennis, a été mis en examen, pour des faits de viols et d'agressions sexuelles sur des moins de 15 ans. Et, lundi, c’est un ancien entraîneur de volley-ball qui comparaissait pour avoir agressé sexuellement et violé deux jeunes garçons. Dès lors une question se pose: le milieu sportif est-il plus propice aux prédateurs sexuels? Décryptage avec le Docteur Muriel Salmona, psychiatre, spécialiste de la prise en charge des victimes de violences sexuelles*.

Le sport est-il un milieu plus propice à ce genre de délit?

D'une certaine façon. Dans la mesure où l'enfant se trouve la plupart du temps en huis-clos avec son entraîneur, ce dernier peut aisément exercer son pouvoir, son emprise. La victime, installée dans une relation de proximité et d'obéissance, est à la merci totale de son agresseur.

Le sport de haut-niveau est une activité dissociante, c'est-à-dire que l'élève se retrouve isolé et déconnecté du monde extérieur, et de fait plus vulnérable. Par ailleurs, l'accès en permanence au corps facilite également les pressions sexuelles.

Pour rappel, en 2008, Roselyne Bachelot, à l'époque ministre de la Santé et des Sports, avait lancé un plan de lutte contre le harcèlement et les violences sexuelles dans le sport. Le rapport accompagnant le texte mentionnait que 8% des pratiquants sportifs disent avoir subi une agression d'ordre sexuel.

Peut-on élargir ces situations ambiguës à d'autres domaines d'activités?

Absolument. Ce rapport d'autorité et de séduction entre professeur et élève se retrouve dans toutes les activités extrascolaires, comme la musique ou encore le théâtre. Mais l'affaire la plus emblématique reste celle de "l'Ecole en bateau" (une école alternative qui proposait dans les années 80-90 de voyager autour du monde le temps d'une année scolaire, ndlr), et de ses témoignages accablants d'anciens élèves.

Comment ces agresseurs sexuels agissent-ils?

Il s'agit de prédateurs. A aucun moment il ne s'agit de désir sexuel de la part de l'agresseur, ni de consentement à des actes sexuels de la part de la victime. Il n'y a pas non plus de dérapage, comme certains tentent de le justifier. C'est le fruit d'une stratégie mise en place par l'agresseur. Il fait en sorte de créer chez l'autre la dépendance, de lui faire croire que leur relation est hors du commun... de manière à exercer pleinement son emprise.

L'agresseur sévit toujours dans des "viviers", c'est-à-dire les écoles, les hôpitaux aussi, là où les proies sont faciles. Tout est organisé, rien n'est laissé au hasard. Comme les massages faits sur les jeunes joueuses par des entraîneurs et non par des médecins comme l'a dénoncé Isabelle Demongeot.

Les affaires éclatent la plupart du temps des années après les faits. Pourquoi?

Outre la stratégie mise en place par le prédateur pédosexuel pour obtenir ce qu'il veut, il force la victime au silence, et l'installe dans un processus de dette.

Dans le cadre de l'entraînement sportif, de la compétition il n'y a pas de solidarité entre les enfants, comme dans les familles incestueuses. L'enfant garde ce secret pour lui, le prédateur faisant en sorte de le culpabiliser s'il se mettait à parler.

Selon une étude, la plupart des victimes mettent 15 voire 20 ans avant de pouvoir parler de ce qui leur est arrivé. Et l'injustice, c'est la prescription, qui est de 10 ou de 20 ans après la majorité de la victime.
* Muriel Salmona est également Présidente de l'Association Mémoire Traumatique et Victimologie.