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Violences sur les Champs-Élysées: quelles failles dans le dispositif de sécurité?

L'important dispositif de sécurité déployé samedi pour encadrer la manifestation des gilets jaunes n'aura pas suffi à contenir la violence. Face aux saccages, les forces de l'ordre étaient dépassées et des failles dans leur organisation apparaissent.

Saccage de commerces, incendies, affrontements… Ce 18e week-end de manifestation a marqué un retour aux épisodes les plus violents de la contestation des gilets jaunes. Dès 11h00 samedi, les policiers semblaient complètement dépassés par la situation sur les Champs-Elysées.

Ici des casseurs déterminés s’en prennent à un fourgon de gendarmerie. Là le Fouquet’s, célèbre brasserie parisienne, est pris pour cible, sa devanture ravagée. Un peu plus loin, des kiosques à journaux sont en feu. Mais comment expliquer ce déferlement de violences?

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Erreur d'appréciation

Déjà, par une erreur d’appréciation. Les autorités ont sous-estimé le nombre de casseurs dans les rangs des vestes fluorescentes. Les forces de l’ordre s’attendaient à quelque 500 fauteurs de troubles. Ils étaient en réalité trois fois plus.

"A la mi-journée, parce que la situation devenait très compliquée, des unités qu’on avait prépositionnées dans la région nord, ont dû être basculées sur la plaque parisienne car les escadrons de gendarmerie mobile qui étaient présents dans la capitale ne suffisaient plus à tenir la situation sur les Champs-Elysée", explique à BFMTV Guillaume Farde, spécialiste des questions de sécurité.

Autre écueil souligné par les syndicats de police: les nouvelles munitions des lanceurs de balle de défense (LBD) ne seraient pas assez efficaces.

"On nous a mis des munitions ‘chamallow’ qui ne vont pas assez loin. Si on avait eu des flashball avec des munitions qui nous permettent de contenir les individus à une trentaine de mètres, peut-être que le Fouquets n’aurait pas brûlé et que d’autres n’auraient pas failli cramer chez eux dans leur appartement", commente, agacé, Loïc Lecouplier, secrétaire national adjoint syndicat police Alliance.

Ce sous-équipement, selon les forces de l’ordre, aurait donc donné l’avantage aux casseurs et aux pilleurs.

Insuffisances et dysfonctionnements

Ces violences, après quatre mois de mobilisation des gilets jaunes renvoient aux tensions connues en décembre, alors que le gouvernement espérait sortir de la crise avec le grand débat national. Ereinté par l'opposition, l'exécutif a reconnu des "dysfonctionnements" du dispositif de sécurité.

Le Premier ministre a identifié des "insuffisances" du maintien de l'ordre "dans son exécution" qui n'ont pas permis d'éviter le saccage d'une partie des Champs-Elysées, vitrine de la France à l'étranger, a dit Matignon, après une réunion convoquée dimanche en présence des ministres de l'Intérieur Christophe Castaner et de la Justice Nicole Belloubet ainsi que le secrétaire d'Etat Laurent Nunez.

En réponse, Edouard Philippe "fera ses propositions d'adaptation au président de la République" ce lundi à 11h30 pour "renforcer la doctrine d'emploi des forces de l'ordre et s'assurer à tout moment de la fermeté de son exécution", a indiqué Matignon. 

Ambre Lepoivre