BFMTV

Violences policières: quelles différences entre les forces de l’ordre françaises et américaines? 

La mort de George Floyd aux Etats-Unis a relancé la polémique des violences policières contre les Afro-Américains. Une question qui s’exporte en France avec la mort d’Adama Traoré en 2016 dans laquelle la brutalité des gendarmes est mise en cause. Mais peut-on comparer les actes de ces deux polices?

Les Etats-Unis sont secoués par une vague d’indignation et de colère depuis la mort de George Floyd, cet Afro-Américain de 46 ans asphyxié le 25 mai lors d’une interpellation par des officiers de police du Minnesota. Ce drame ravive la fracture raciale dans le pays et la question récurrente des violences policières envers les Noirs.

Une polémique qui trouve un écho en France avec, notamment, l’affaire Adama Traoré, ce jeune homme noir mort en 2016 à la suite de son interpellation par les gendarmes, dans des conditions qui demeurent encore obscures. Mais les violences policières américaines sont-elles comparables aux violences policières françaises?

Deux événements "totalement différents"

Adama Traoré comme George Floyd sont tous deux morts à la suite d’une interpellation par les forces de l’ordre. Dans un cas comme dans l’autre, la méthode dite du "plaquage ventral" est mise en cause. En effet, sur des images devenue virales, George Floyd apparaît au sol, face contre terre, immobilisé par un policier exerçant une pression sur son cou avec son genou.

En France, aucune vidéo ne rend compte de l’arrestation d’Adama Traoré, mais l’un des trois gendarmes mis en cause a reconnu avoir fait peser le poids de leurs corps sur le jeune homme, ventre à terre.

"Dans le cas de George Floyd, les images sont épouvantables: on aperçoit un policier sourd à ses cris de détresse. C’est inacceptable, réagit sur BFMTV David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale. Mais cet événement est totalement différent de l’affaire Traoré. Le premier cas n’est pas contestable, l’élément policier est bien le déclencheur, dans le second cas, il faut être plus prudent, l’enquête est en cours", souligne-t-il.

Aux Etats-Unis "la police tue 1000 personnes par an"

La brutalité policière aux Etats-Unis est "sans commune mesure" avec celle que l’on rencontre en France, selon Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au Cesdip et auteur d'une thèse sur les deux polices, interrogé par Marianne.

"Les polices américaines tuent plus d’un millier de personnes par an, pour 320 millions d’habitants. La police et la gendarmerie en France, une vingtaine, peu ou prou", explique le spécialiste, qui estime que "le déterminant n°1 est celui de la prise de décision de tirer". 

Aux Etats-Unis, le nombre d’armes en circulation est conséquent et les policiers peuvent faire usage de la leur dès lors qu’ils se sentent en danger. D’ailleurs, depuis un arrêt de la Cour suprême de 1967, les policiers américains bénéficient de "l’immunité qualifiée", note Patrick Sauce, éditorialiste politique étrangère de BFMTV . 

"Cela signifie qu’ils peuvent agir comme ils l’entendent tant qu’ils ne violent pas clairement une loi fédérale ou un article de la Constitution. C’est suffisamment flou pour que les policiers se voient retirer toute responsabilité, sauf en cas de meurtre par exemple", détaille-t-il. 

Pas de police des polices aux Etats-Unis

A cela s’ajoute le fait que les Etats-Unis ne sont pas dotés d’une police des polices centralisée, comme l’est la France avec l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). "Il y a une police interne dans chaque bureau, et donc aucune indépendance entre les officiers chargés d’enquêter en interne et ceux qui font l’objet de ces investigations", poursuit notre éditorialiste politique internationale.

Par ailleurs, les Etats-Unis comptent plus de 18.000 polices, "avec quasiment une doctrine par police", souligne Patrick Sauce.

"Dans un Etat, il y a des agences fédérales, une police créée autour du gouverneur, ensuite par comté il y a une police tenue par le shérif, et enfin au niveau de la ville il y a la police municipale, énumère-t-il. Et la grande différence avec la France, c’est que les chefs de la police sont élus. Ils sont donc choisis par la population pour leurs idées, ce qui peut mener à une police dirigée par un chef raciste."

Les minorités ciblées dans les deux pays

Outre-Atlantique, les Noirs représentent 23% des personnes tuées par la police, alors qu’ils ne constituent que 12% de la population, et un Noir non-armé a 2 à 3,5 fois plus de risques d’être tué par la police qu’un Blanc, rappelle Marianne. En France, une enquête menée par le Défenseur des droits en 2017 démontrait que les jeunes hommes "perçus comme noirs ou arabes" avaient "une probabilité 20 fois plus élevée que les autres d’être contrôlés" que l’ensemble de la population.

En France comme aux Etats-Unis, les policiers semblent donc cibler particulièrement les minorités, mais cette discrimination ne se traduit pas par les mêmes niveaux de violence d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. 

Toutefois, David Le Bars, qui a dirigé des services de police pendant 23 ans, assure sur notre antenne qu’il "n’y a pas de racisme systémique dans la police. Je ne dirais pas non plus qu’il n’y a pas d’actes racistes dans la police, il y a des déviances individuelles. Mais sur 1500 enquêtes menées par l’IGPN, on observe sur les deux dernières années entre 30 et 40 faits liés au racisme", tempère-t-il.

Ambre Lepoivre