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Violences conjugales: des stages de responsabilisation pour "confronter" les conjoints violents à leurs actes

Proposé en alternative à la peine lors d'une première condamnation, le stage de responsabilisation permet notamment d'aborder la maîtrise de la colère. Le principal objectif: éviter la récidive.

"Je lui ai mis une vraie torgnole, c'est sûr que je l'ai regretté toute ma vie", explique l'un des participants. BFMTV a pu assister à Meaux (Seine-et-Marne) à un stage de responsabilisation, qui accueille des hommes et femmes coupables de violences conjugales. Un rendez-vous pour prendre conscience de ce qu'est la violence au sein d'un couple, avec un objectif principal: éviter la récidive.

"La violence conjugale n'est pas constamment présente, elle est simplement répétitive", explique la psychologue aux nouveaux stagiaires aux visages fermés. Dix-huit hommes et une femme sont présents au stage de responsabilisation ce jour-là. Parmi eux, des directeurs d'entreprise, boulanger, ouvrier, manager... Âgés de 24 à 56 ans, ils reconnaissent avoir levé la main sur leur compagne ou leur compagnon.

"Moi le nombre de coups que j'ai pris en 10 ans de concubinage... Je ne les compte même pas. Les coups, les verres dans la tête, j'en ai pris plein. Jusqu'au jour où j'ai cédé, je lui ai mis une vraie torgnole", raconte l'un d'entre eux.

"Nous nous qualifions en tant que monstre"

Accompagnée d'une intervenante socio-judiciaire, la psychologue aborde, à travers des vidéos, la gestion des émotions, la maîtrise de la colère, la capacité à être en couple, mais aussi la compréhension des différents types de violences.

"C'est consternant", finit par reconnaître un second, avant d'ajouter: "Toute forme de violence envers qui que ce soit nous qualifie. Donc nous-mêmes, nous nous qualifions en tant que monstre. Quand on arrive dans ce genre de situation, on se dit: à quel moment je peux me détacher de ça?"

Dans ce stage, proposé lors d'une première condamnation en alternative à la peine dans le cadre d'une première infraction seulement, les encadrants aspirent à créer un débat entre les participants, afin de susciter leur attention:

"Dès qu'on parle de leur enfant, on a cette sensation palpable qu'on a réussi à attraper leur intérêt. On a la certitude que ce qu'ils ont entendu ici, même si ça ne fait pas un cheminement tout de suite, fera sens à un moment donné", poursuit la psychologue.

550 personnes en cinq ans

Instauré par la loi sur "l'Egalité réelle entre les hommes et les femmes" votée en 2014, ce stage payant de 150 euros est "prononcé à l’encontre de l’auteur à tous les stades de la procédure pénale, y compris durant les phases procédurales où l’action publique n’a pas été mise en mouvement", précise le texte.

"C'est toujours important de se confronter à l'acte qui a été commis. Dans le cadre des alternatives aux poursuites, souvent nos alternatives de premier niveau, c'est-à-dire le rappel à la loi, ne permettent pas cette confrontation", ajoute la procureur de la République de Meaux, Dominique Laurens.

Dans cette association de Meaux, depuis cinq ans, 550 personnes auteurs de violence conjugale ont bénéficié d'un stage de responsabilisation.

Esther Paolini