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Violences: comment en sortir?

Pour le 18e week-end de mobilisation des gilets jaunes, les forces de l'ordre sont restées en retrait avec pour objectif de figer la manifestation. Face au pic de violence, le dispositif de sécurité est questionné et l'hypothèse d'aller au contact est relancée.

Les casseurs ont pris l’avantage, samedi, sur des forces de l’ordre sous-équipées et débordées. Pour ce 18e week-end de mobilisation des gilets jaunes, les autorités ont peiné à contenir la violence. Dès 11h00, des fauteurs de troubles étaient au contact des gendarmes et policiers qui avaient pour ordre de figer la manifestation sur les Champs-Elysées comme le veut la stratégie de l’encagement. Inconvénient: elle laisse les casseurs aux prises avec des commerces rapidement vandalisés, saccagés et pillés.

"Ce choix a été fait pour qu’il n’y ait pas de blessé ni de tir de flashball", explique à BFMTV Loïc Lecouplier, secrétaire national du syndicat de police Alliance. Mais Matignon l’avoue: il y a eu des "dysfonctionnements" du dispositif de sécurité face à une flambée de violence qui renvoie à un niveau de tension connu en décembre. L'opposition de droite a dénoncé le "laxisme sécuritaire" de l'exécutif, selon les mots de François-Xavier Bellamy. "Pourquoi les forces de l'ordre ne sont pas intervenues?" a interrogé Xavier Bertrand. En réponse, le gouvernement dit vouloir apporter de la fermeté en renforçant notamment la doctrine d’emploi des forces de l’ordre.

  • Aller au contact

Alors, les policiers et gendarmes devraient-ils aller au contact des manifestants? "C’est une solution", réagit Loïc Lecouplier qui souligne toutefois que "si on lance la charge, il y aura certainement des blessés et alors on pointera du doigt le manque de discernement des forces de l’ordre. On aura beau être couverts par la hiérarchie, on nous accusera d’être trop violent".

"Aller au contact peut entraîner davantage de blessures, abonde Guillaume Fabre, spécialiste des questions de sécurité. On a d’ailleurs vu comment le défenseur des droits est monté au créneau pour indiquer que sur les 9000 tirs de lanceurs de balles de défense (LBD) beaucoup avaient entraîné des blessures."
  • Améliorer la coordination entre les commandements

Reste que la présence de black blocs dans les rangs des vestes fluorescentes semble nécessiter une adaptation du dispositif de sécurité avec davantage de contact. Tout comme le fait de "donner plus de marge de manœuvre aux commandants et chefs d’escadrons de gendarmerie", assure Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du syndicat des cadres de la sécurité intérieure.

"Ils sont souvent liés à des directives qui viennent de la préfecture de police qui gère l’ordre public sur des écrans. Mais ça doit être géré sur place. Samedi, on avait des effectifs de la préfecture de police de deux directions: la DSPAP (direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne) et la direction de l’ordre public. Elles étaient à côté mais ne se parlaient", déplore-t-il.
  • Moderniser les équipements de la gendarmerie

La doctrine du maintien de l’ordre fait l’objet de réflexion depuis déjà de nombreuses années et nécessite une adaptation constante. Alain Bauer, criminologue et spécialiste des questions de sécurité, soulignait dimanche soir sur le plateau de BFMTV le besoin de moderniser les équipements des forces de l’ordre.

"C’est quoi ces 6 blindés ingouvernables, ingérables et polluants de la gendarmerie? Elle réclame pourtant depuis 20 ans d’avoir des outils modernes et efficaces comme ceux de la police".

Selon lui, le budget réservé au maintien de l’ordre doit être débattu et éventuellement augmenté.

  • Dissuader la participation aux rassemblements non-déclarés

Le secrétaire national du syndicat de police Alliance, Loïc Lecouplier, propose par ailleurs de trouver un moyen juridique pour endiguer les violences.

"Les rassemblements comme celui de samedi sur les Champs-Elysées ne sont pas autorisés. Si vous y participez, c’est une contravention de 38 euros mais ça fait rire tout le monde. Si on passe cette contravention en délit, alors les gens qui se rendent à des rassemblements non-autorisés passeront au tribunal et risqueront une condamnation. Dans ce cas, ça les dissuadera de s’y rendre et alors les casseurs n’auront plus de foule à laquelle se mêler pour commettre leurs actes de vandalisme", expose-t-il. 

La doctrine du maintien de l’ordre attend donc une réponse politique pour mieux s’adapter et éviter les pics de violence. "Toute une chaîne de commandement va être examinée", a assuré ce lundi Laurent Nunez, secrétaire d’Etat à l’Intérieur. Les propositions d’adaptation d’Edouard Philippe à Emmanuel Macron sont attendues ce lundi à 11h30.

Ambre Lepoivre