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Violence à Dijon: comment des délinquants se retrouvent en possession d'armes lourdes?

Lors des affrontements à Dijon, des individus cagoulés ont été filmés en train de brandir ce qui semble être des fusils d'assaut ou des pistolets automatiques. D’après un spécialiste du crime en bande organisée, plusieurs filières permettent aux délinquants d’entrer en possession de ces armes pourtant illégales pour les particuliers.

Il aura suffi de l'agression d'un adolescent pour transformer le quartier des Grésilles, à Dijon, ville peu habituée aux violences urbaines, en théâtre d'expéditions punitives de la communauté tchétchène et de riposte de ses habitants. D’un côté comme de l’autre, les groupes se sont menacés et affrontés durant plusieurs nuits à coups de barres de fer, de battes de baseball, de marteaux et parfois même d’armes lourdes.

Des images des échauffourées, qui inondent les réseaux sociaux depuis vendredi, laissent en effet apparaître des hommes masqués tirant en l’air avec des armes de poing et de type kalachnikov, appelant les Tchétchènes à revenir pour en découdre. Pour l’heure, la question de savoir si cet arsenal est factice ou réel n’est pas encore tranchée. Mais d’après les détonations entendues, la percussion et le mouvement de recul de la main, des sources policières estiment que de vrais modèles peuvent avoir été utilisés. 

"Il n'y a pas de raison de penser que ce sont des armes factices", a d’ailleurs réagi le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.

"Détournées avec la complicité des usines d’armement" 

Comment est-il possible de se retrouver en possession d’un tel équipement, interdit en France pour un particulier? Le pays voit transiter un grand nombre d’armes à feu mais le chiffrage reste difficile à établir, une part importante étant soumise à un trafic illégal et opaque.

"On estime qu’au moins 3 millions d’armes sont soumises à déclaration, 10 millions selon la chambre syndicale des armuriers et même 20 millions selon une étude d’un institut de Genève", énumère ce mercredi sur BFMTV Fabrice Rizzoli, spécialiste de la grande criminalité et co-fondateur de l'association Crim'Halt. 

Le trafic d’armes à feu est alimenté par différentes filières, précise-t-il. En premier lieu, l’artillerie peut être “détournée avec la complicité des usines d’armement qui les fabriquent”.

Récupérées sur les terrains de guerre

Un autre biais est de les récupérer sur les conflits: "Dans les Balkans, beaucoup de kalachnikovs ont été prises. En Albanie par exemple, des armureries ont été pillées après l’anarchie. Pareil en Afrique, en Irak, en Libye…", poursuit le spécialiste. Enfin, les cambriolages représentent une importante source d'approvisionnement, "en particulier chez les collectionneurs et chez les armuriers", note Fabrice Rizzoli. 

Et d’ajouter: "Ces armes, on les retrouve ensuite aux mains des délinquants que l’on voit sur les images des violences à Dijon, par exemple. Ils sont probablement impliqués dans le trafic de drogue et veulent défendre leur territoire et leur business. Pour cela, il faut créer un sentiment d’insécurité. Même si l’acte qui a déclenché les affrontements n’est pas forcément rattaché à la drogue, ils ont voulu montrer un sentiment de solidarité avec la communauté", analyse le spécialiste du crime en bande organisée. 

Endiguer le trafic d'armes

La France, l’Allemagne et l’Espagne sont les premiers pays de destination du trafic d’armes en Europe, souligne l’Assemblée nationale dans un rapport rendu en mai 2018. Pour endiguer ce phénomène, les autorités mettent en place de nouveaux systèmes comme Cyberdouane qui a réalisé l’an dernier un important coup de filet contre un réseau français de trafic d’armes sur le dark web.

Ambre Lepoivre