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Vidéo d'un détenu sur Internet: et si les portables étaient autorisés dans les prisons?

Les syndicats dénoncent des problèmes de sécurité pour les surveillants mais aussi pour les victimes.

Les syndicats dénoncent des problèmes de sécurité pour les surveillants mais aussi pour les victimes. - Pascal Pavani - AFP

Au lendemain de la diffusion d'une vidéo d'un détenu de la maison d'arrêt de Béziers sur Periscope, la coordinatrice de l'Observatoire international des prisons préconise d'autoriser les téléphones portables dans les établissements. Les surveillants s'y opposent fermement.

Autoriser les téléphones portables dans les prisons, une idée qui revient sans cesse. Au lendemain de la diffusion sur l'application Periscope d'une vidéo d'un détenu tournée à l'intérieur de sa cellule la maison d'arrêt de Béziers, certains y pensent à nouveau. C'est le cas de l'Observatoire international des prisons (OIP) qui y voit une manière de mieux lutter contre les dérives des usages du téléphone.

"Aujourd'hui, le personnel pénitentiaire passe un temps considérable à fouiller les cellules à la recherche de téléphones portables mais c'est peine perdue : ils sont confisqués et ils reviennent", explique Delphine Payen-Fourment, la coordinatrice de l'OIP. Interrogée sur France-Info, elle propose d'autoriser les téléphones portables en prison "de manière encadrée". Déjà en juillet 2014, la Contrôleur général des lieux de privation de liberté. Adeline Hazan, s'était dite favorable à cette proposition, conditionnée à un usage réservé à la famille.

"Etre radical"

D'après l'organisation, qui prône le droit au respect pour les personnes privées de liberté, la possibilité pour les détenus d'avoir un portable permettrait de faciliter le travail des surveillants en permettant "des contrôles ciblés", mais aussi d'aider à la réinsertion des prisonniers en conservant un lien avec l'extérieur.

"On ne peut pas entendre de telle proposition, rétorque Karim Terki, agent pénitentiaire à Béziers et délégué CGT, joint par BFMTV.com. C'est un faux-débat. Ils ont déjà le téléphone dans les prisons, mais les cabines ça ne les intéresse pas."

Actuellement, les téléphones portables sont strictement interdits, seules des cabines téléphoniques sont mises à la disposition des détenus. Leurs conversations sont alors susceptibles d'être écoutées ou enregistrées. "Au contraire, aujourd'hui il faut être radical avec la question de la téléphonie en prison et l'enrayer dans les établissements pénitentiaires", renchérit Emmanuel Gauthrin, secrétaire général de FO Pénitentiaire. Les deux surveillants dénoncent une méconnaissance du milieu carcéral.

Problèmes de sécurité

Dans la vidéo qui a relancé le débat, "on voyait bien que le détenu ne voulait pas prendre des nouvelles de sa famille", déplore Karim Terki, qui affirme que désormais des "tablettes ou des téléphones dernier cri" entrent dans les cellules. Dénonçant la suppression des fouilles après les parloirs (chaque samedi 200 prises de rendez-vous sont effectuées à la prison de Béziers) et celle des contrôles après les promenades, "si on rajoute les portables dans les cellules, ce ne sera plus gérable", insiste le surveillant.

Au-delà des problèmes de contrôle, l'autorisation des téléphones portables créerait de véritables problèmes de sécurité "pour les magistrats, pour les gardiens de prisons ou pour les victimes". "On sait qu'il y a toutes sortes de trafic qui sont pilotés depuis les prisons", reconnait Emmanuel Gauthrin, qui plaide alors pour "plus de fermeté" pour "plus de sécurité". Et pour cela, le syndicalisme mise sur la technologie des brouilleurs.

Développer le brouillage

L'idée d'installer des brouilleurs est loin d'être nouvelle mais avait été abandonnée en 2003 faute de résultats pour le coût engagé par l'Etat. En 2014, pourtant, 628 systèmes pour empêcher les conversations téléphoniques étaient en service dans 95 établissements pénitentiaires. En novembre dernier, Christiane Taubira, alors ministre de la Justice, promettait un déploiement massif de ce type d'appareil "dès janvier 2016".

Rappelant que 30.000 téléphones portables ont été saisis dans les prisons en 2015, Jean-Jacques Urvoas, le nouveau garde des Sceaux, a plaidé en ce sens. "Il faut brouiller ces téléphones portables (...) mais il faut avoir une technologie particulière", a expliqué mardi le Garde des Sceaux sur Europe 1. Le ministre annonce également des moyens alloués aux prisons (200.000 euros pour Béziers, par exemple) pour "les rendre étanches".
Justine Chevalier