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Un "massacre" évité de justesse: le procès de l’attaque du Thalys s'ouvre à Paris

La police scientifique inspecte la scène du crime dans le train Thalys à Arras, en août 2015

La police scientifique inspecte la scène du crime dans le train Thalys à Arras, en août 2015 - Philippe Huguen / AFP

Ayoub El-Khazzani, stoppé dans son attaque meurtrière à bord du Thalys en août 2015, est jugé aux côtés de trois autres individus devant la cour d’assises spécialement composée de Paris.

"Il suffit de savoir qu’Ayoub El-Khazzani était en possession de près de 300 munitions et armes à feu pour mesurer à côté de quoi nous sommes passés. Une tragédie, un massacre." Le 24 août 2015, François Hollande décorait de la plus haute distinction française trois Américains et un Britannique pour avoir neutralisé dans un Thalys qui reliait Amsterdam à Paris le jihadiste El-Khazzani et, ainsi, permis d’éviter un bain de sang.

Un peu plus de cinq ans plus tard, son procès devant la cour d’assises spécialement composée de Paris s’ouvre ce lundi. Il est jugé aux côtés de trois individus, dont l’un est aussi poursuivi dans un autre dossier ultra-sensible, celui des attentats du 13-Novembre.

"En transe, voire drogué"

56 minutes. C’est la durée durant laquelle s’est joué ce huis clos digne d’un scénario hollywoodien, devenu d'ailleurs le sujet d’un film de Clint Eastwood. Le réalisateur américain est appelé comme témoin au cours des cinq semaines d’audience.

A 17h16 ce 21 août 2015, le Thalys n°9364 quitte la gare de Bruxelles-Midi, avec à son bord, Ayoub El-Khazzani, un Marocain de 25 ans tout juste revenu d’un entraînement militaire en Syrie.

Il trouve refuge durant une trentaine de minutes dans des toilettes, suscitant l’interrogation de deux passagers, Damien A., un Parisien de 28 ans et Mark Moogalian, 51 ans, professeur d'anglais à la Sorbonne. Lorsque la porte s’ouvre, les deux hommes font face à un individu torse-nu, armé d’une Kalachnikov, qui semble "déterminé, peut-être en transe, voire drogué". Tandis qu’ils tentent de l’immobiliser, Mark Moogalian est touché d’une balle dans le dos puis s’effondre au sol.

François Hollande avec Chris Norman, Anthony Sadler, Spencer Stone et Alek Skarlatos au palais de l'Elysée le 24 août 2015 à Paris.
François Hollande avec Chris Norman, Anthony Sadler, Spencer Stone et Alek Skarlatos au palais de l'Elysée le 24 août 2015 à Paris. © MICHEL EULER / POOL / AFP

Arme défectueuse

Alertés par la détonation, trois touristes américains de 23 ans, dont deux militaires en civil, interviennent immédiatement, en taclant "comme au rugby" El-Khazzani. S’en suivent plusieurs minutes d’altercation, durant lesquelles l’un d’eux, Spencer Stone, est violemment blessé au cutter, avant de finalement parvenir à maîtriser l’assaillant. Une action "héroïque", saluera le président français François Hollande.

A 18h12, le train arrive en gare d'Arras, le Marocain, qui a perdu connaissance, est désormais entre les mains de la police.

Cet heureux dénouement n’enlève rien à la gravité de l’affaire, tranche d’emblée l’avocat des Américains et de Mark Moogalian:

"Après les attentats de janvier, c’est la deuxième tuerie de masse qui est perpétrée sur le sol français en 2015. Et qui bien qu’elle ait échouée, elle a eu un commencement d'exécution", note auprès de BFMTV.com maître Thibault de Montbrial.

L’avocat s’appuie également sur les expertises balistiques, qui concluent que deux munitions n’ont pas été mises à feu à cause de "la nature et la qualité de l’arme." Sans ça, l’issue de l’attaque aurait été sans doute davantage dramatique.

"Noble combattant"

Car le parcours, l’entourage et les revendications d’El-Khazzani donnent à voir une tuerie d’une bien plus grande gravité. Ce Marocain d’origine déménage à Algésiras en 2007, où il est repéré par les renseignements espagnols pour sa proximité avec la mouvance radicale.

Après un passage en France, il s’installe en Belgique, où il aurait fréquenté le snack de Mohamed Abrini, accusé d’avoir aidé aux préparatifs des attentats de Paris et de Saint-Denis en 2015 et de Bruxelles en 2016.

Celui qui se présente comme un "noble combattant" refuse de répondre aux questions du magistrat instructeur, mais sort du silence après le 13 novembre 2015. Il reconnaît un séjour en Syrie en mai 2015 et explique être entré en Europe via la route des migrants avec Abdelhamid Abaaoud, venu piloter une cellule jihadiste en Belgique. Durant leur trajet, ils sont aidés de deux éclaireurs, Bilal Chartra et Redouane El-Amrani Ezzerrifi, et d’un chauffeur, Mohamed Bakkali (également poursuivi dans le dossier du 13-Novembre). Tous les trois seront à ses côtés dans le box des accusés.

Photo non datée d'un homme présenté comme Abdelhamid Abaaoud, un jihadiste belge soupçonné d'être le commanditaire des attentats de Paris.
Photo non datée d'un homme présenté comme Abdelhamid Abaaoud, un jihadiste belge soupçonné d'être le commanditaire des attentats de Paris. © Dabiq - AFP

C’est Abaaoud lui-même qui lui aurait demandé de passer à l’acte et d’attaquer "seulement" des soldats américains. Mais l’accusé garantit avoir renoncé à l'ultime seconde.

"La cour d’assises spéciale devrait déterminer les intentions qui l’ont animé une fois à l’intérieur du train", souligne auprès de BFMTV.com son avocate Maître Sarah Mauger-Poliak, affirmant qu’il s’est retrouvé "dans l’incapacité de passer à l’acte."

Angoissé à l’idée de comparaître, Ayoub El-Khazzani a aussi hâte de pouvoir s’exprimer face aux victimes. Selon Me de Montbrial, les Américains ont, eux, "très envie de le voir dans les yeux."

Esther Paolini Journaliste BFMTV