BFMTV

Un an après le "Grenelle", où en est la lutte contre les violences conjugales?

Près de la moitié des mesures annoncées lors du Grenelle ont été mises en place. Mais les associations déplorent encore des lacunes dans la lutte contre les violences conjugales.

Il y a un an, le gouvernement était réuni autour d'experts pour aborder le sujet des violences conjugales et tenter d'endiguer ce phénomène qui a tué plus de 140 femmes en 2019. Une année plus tard, près de la moitié des mesures annoncées lors de ce Grenelle ont été rendues effectives, selon le gouvernement qui doit présenter ce mercredi un nouveau bilan à l'occasion de la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes.

La journée du 25 novembre est, depuis 20 ans, consacrée à cette cause qui, malgré quelques améliorations, reste un défi mondial. Elle l'est d'autant plus dans le contexte de crise sanitaire qui a imposé deux confinements en France. Ce huis clos a, dans certains foyers, eu un effet aggravant sur les violences subies par les femmes et leurs enfants.

Hausse des violences pendant le confinement

Durant le confinement décrété au printemps, les interventions de police ont augmenté de 42%, le nombre d'appels au 3919 s'est très fortement accru et les signalements à la plateforme gouvernementale arretonslesviolences.gouv.fr ont été multipliés par quatre.

"Les femmes étaient isolées, elles n'avaient plus la collègue, la voisine ou la copine pour les soutenir. D'un autre côté, les agresseurs étaient tranquilles chez eux et pouvaient agir en toute impunité", explique Sarah, psychologue-clinicienne à l'association Léa Solidarité femmes qui accueille plus de 450 victimes par an et a vu son activité bondir de 40% au printemps.

Depuis le reconfinement, les signalements sur la plateforme gouvernementale connaissent une hausse de 15%. Toutefois, le nombre de féminicides a diminué en 2020 par rapport à 2019, même si les statistiques demeurent dramatiquement élevées avec au moins 70 femmes tuées par leur compagnon ou ex-compagnon depuis le début de l'année, selon un décompte réalisé par l'AFP qui souligne que ce chiffre pourrait être supérieur, une dizaine de cas étant en attente de précisions.

Action gouvernementale

Le ministère délégué à l'Égalité affirme que 23 des 46 mesures annoncées lors du Grenelle ont été mises en place, 20 sont en cours de réalisation et 3 ne sont pas encore construites. Parmi les mesures effectives: le déploiement depuis septembre des premiers bracelets anti-rapprochement pour tenir les conjoints ou ex-conjoints violents à distance, la création de 16 centres régionaux de suivi et de prise en charge des auteurs de violences, la signature de 53 conventions pour permettre les prises de plaintes à l'hôpital et la mise en place de "retour d'expérience" (retex) après chaque féminicide entre les professionnels concernés.

Les 1000 places d'hébergement d'urgence promises pour les femmes devant fuir leur domicile ont été attribuées, assure le cabinet de la ministre Elisabeth Moreno. Le gouvernement a annoncé en septembre la création de 1000 nouvelles places en 2021.

Pour Anne-Cécile Mailfert, les campagnes de prévention lancées par le gouvernement, la mise en place de procédures d'urgence dans les tribunaux et la hausse des interventions des forces de l'ordre ont permis "de sauver des vies, alors même que les violences étaient en hausse" lors du confinement.

"Pendant ces semaines, pour une fois dans l'histoire, les violences faites aux femmes sont devenues une priorité pour la police, pour la justice et une priorité budgétaire aussi car nous avons reçu des dons incroyables, nous n'avons jamais reversé autant d'argent aux associations", salue-t-elle.

"Manque criant de financements"

Mais la lutte contre les violences conjugales souffre encore de lacunes. Dans un rapport publié ce mercredi, la Fondation des femmes déplore d'un "manque criant de financements" qui rend difficile la création de nouvelles places d'hébergement pour les victimes et l'"éviction" des hommes violents.

"Pour héberger et accompagner les victimes, en particulier dans des structures spécialisées, il manque au minimum (...) 32 millions d'euros au budget de l'Etat pour 2021", affirme cette fondation dans la 4e édition de son rapport intitulé "Où est l'argent pour protéger les femmes victimes de violences?".

Les militantes de la Fondation des femmes évoquent une année 2020 "en demi-teinte": d'un côté la France "a été un pays exemplaire" en matière de lutte contre le phénomène pendant le premier confinement, de l'autre "cette mobilisation exceptionnelle est malheureusement retombée dès les lendemains" de cette période particulière, selon elles.

Un autre organisme de défense des droits des femmes, le centre Hubertine Auclert - qui dépend du Conseil régional d'Ile-de-France - est arrivé à des conclusions similaires dans un rapport distinct, publié également cette semaine. En comparant la situation française avec celle prévalant en Espagne - un pays souvent montré en exemple en matière de lutte contre les violences conjugales et les féminicides, depuis qu'il s'est saisi de la question en 2004 -, les auteurs de ce rapport préconisent de quasiment tripler le budget public consacré à ce fléau.

Ils demandent également que la France se dote de juges ou juridictions spécialisés sur ces questions, ainsi que d'un système de suivi des victimes et d'évaluation du danger encouru par chaque femme - dispositif qui serait partagé entre la police, la justice et les travailleurs sociaux.

Ambre Lepoivre avec AFP Journaliste BFMTV