BFMTV

Sur le terrain, pourquoi les policiers ne négocient pas avec les terroristes

Les hommes de la BRI sont intervenus les premiers pour neutraliser les deux terroristes dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray.

Les hommes de la BRI sont intervenus les premiers pour neutraliser les deux terroristes dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray. - Charly Triballeau - AFP

Les deux terroristes qui ont commis l'attentat dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, mardi près de Rouen, ont été abattus par les forces de l'ordre déployées. Une intervention rapide qui répond parfaitement au schéma souhaité par le ministère de l'Intérieur.

"A un moment, les deux preneurs d'otages sont sortis de l'église, armés, c'est alors qu'ils ont été neutralisés par la police", a précisé mardi matin Pierre-Henry Brandet, le porte-parole du ministère de l'Intérieur. Cette intervention rapide a probablement permis de sauver des vies après que deux assaillants ont pénétré en plein office dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray. Ils ont pris en otage un prêtre, deux religieuses et deux fidèles. Le père Jacques Hamel a été égorgé, un autre otage a été très grièvement blessé.

Il est aux alentours de 9h40 mardi matin quand les deux hommes entrent dans l'église de cette commune située à proximité de Rouen. S'en prenant aux personnes présentes, l'un d'entre elles, Soeur Danielle, a pu s'échapper et donner l'alerte. Immédiatement, les hommes de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI) de Rouen et de la BAC locale se sont déployés. Après avoir tenté d'établir un contact, les assaillants sortent. devant eux, trois otages leur servent de rideau. Les forces de l'ordre parviennent toutefois à les neutraliser peu avant 11 heures. L'acte a été revendiqué par Daesh. 

"On peut imaginer que si ces hommes-là avaient pu rester dans l’église, ils auraient tranquillement continué à faire ce qu’ils étaient venus faire", assure Dominique Rizet, le consultant police-justice de BFMTV.

"Il n'y a rien à négocier"

La rapidité de l'intervention des forces de l'ordre peut s'expliquer par deux raisons. Face à Daesh, la négociation semble impossible, les spécialistes parlant de "consensus policier et judiciaire". "Daesh se montre impitoyable, pourquoi ne le serions-nous?", explique Christophe Caupenne, ancien négociateur du Raid aujourd'hui à la tête d'un cabinet de conseil dans la sûreté et la gestion de crise. Une position qui tranche avec l'attitude des autorités lors de l'affaire Merah - l'assaut avait été donné après 32 heures de siège - ou après l'attaque terroriste contre Charlie Hebdo: les frères Kouachi avaient été abattus sept heures après s'être retranchés dans une entreprise.

Pour une prise d'otages, qualifiée de classique, un protocole de reddition est habituellement mis en place pour déterminer le nombre d'assaillants, leur type d'armes, mais surtout établir un contact. Dans le cas d'une action menée par Daesh, "les preneurs d’otages ne s’installent plus sur place, ils ne discutent plus", confirme Jacques Di Bona, consultant terrorisme pour BFMTV. "Il n’y a rien à négocier et en plus ils tuent les gens tout de suite." Pour l'ancien directeur adjoint de l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat), les méthodes des assaillants obligent les services de police à modifier leur stratégie.

Nouveau schéma d'intervention

"Dans la logique des procédures, le début d'un passage à l'acte des terroristes marque un assaut immédiat", poursuit Christophe Caupenne. A Saint-Etienne-du-Rouvray, les deux assaillants, munis de couteaux mais également d'armes et de dispositifs explosifs, qui se sont révélés factices, ont eu le temps d'égorger le père Hamel et de blesser un autre otage. "Ces gens sont jusqu'au-boutistes, c'est le schéma défini par Daesh", poursuit l'expert en sûreté et en négociation. En d'autres termes, les terroristes viennent pour terroriser et tuer.

Au-delà de l'absence de dialogue possible avec l'organisation terroriste, le déploiement et l'intervention de la BRI, appuyée ensuite par le Raid, répond à un objectif souhaité par le ministère de l'Intérieur pour obtenir une meilleure efficacité des unités d'intervention. Après les attentats de 2015, et notamment l'attaque du Bataclan, le 13 novembre dernier, Bernard Cazeneuve avait réclamé "l'unité" de la BRI, du Raid (police) et du GIGN (gendarmerie).

Ainsi, quatre nouvelles antennes régionales du groupement d'intervention de la gendarmerie nationale ont été ou vont être créées, ainsi que trois nouvelles antennes du Raid. Il a également été décidé en avril dernier qu'en cas "d'urgence absolue", les premiers arrivés sur la zone d'attaque doivent intervenir dans un délai maximum de 20 minutes, quel que soit le terrain de compétence. 

Justine Chevalier