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Philippe Lançon, rescapé de l'attentat contre Charlie Hebdo: "J'ai fait le mort"

Secours et forces de l'ordre affluent devant le siège de Charlie Hebdo, le 7 janvier, après la fusillade.

Secours et forces de l'ordre affluent devant le siège de Charlie Hebdo, le 7 janvier, après la fusillade. - Kenzo Tribouillard - AFP

Le journaliste à Libération et chroniqueur à Charlie Hebdo Philippe Lançon se trouvait sur place au moment de la fusillade. Grièvement blessé à la joue mais conscient, il a vu tous ses amis tomber autour de lui.

Il a survécu à l'attaque, et a vu tous ses amis tomber sous les balles des terroristes. Philippe Lançon, journaliste à Charlie Hebdo et à Libération, se trouvait dans les locaux de l'hebdomadaire satirique, le 7 janvier, lorsque les "hommes en noir", comme il les appelle, sont entrés et ont tiré.

Les jihadistes français parmi les sujets de la conférence de rédaction

Dans Libération, ce mercredi, soit une semaine après l'attentat qui a coûté la vie à douze personnes, Philippe Lançon raconte les minutes qui ont précédé l'attaque des locaux par les frères Kouachi, et celles, plus longues, vécues pendant la fusillade. Gravement blessé à la joue, avec "trois doigts émergeant des bandelettes, une mâchoire sous pansement et quelques minutes d'énergie", il livre un témoignage poignant, sous forme de lettre à ses "amis de Charlie et Libération".

"Il se trouve que pendant cette dernière conférence ce furent justement les jihadistes français dont on parla", écrit ainsi le journaliste, qui se souvient que le livre de Michel Houellebecq, Soumission, était également à l'ordre du jour, divisant la rédaction, dans une "tradition de l'engueulade" dont elle a le secret. "Wolinski et Cabu dessinaient, comme toujours", précise Philippe Lançon.

"Nous étions tous là parce que nous étions libres, ou voulions l’être le plus possible, parce qu’on voulait rire et nous affronter sur tout", souligne Philippe Lançon, avant d'écrire: "C'est justement cela que les hommes en noir, ces sinistres ninjas, ont voulu tuer".

Une "minute horriblement silencieuse"

Du passage des frères Kouachi, le journaliste, qui s'apprêtait à partir au même moment, retient la vision de ses collègues, "tous morts". "La différence n'a tenu qu'à quelques centimètres dans les trajectoires des balles et à nos places respectives quand les hommes aux jambes noires sont rentrés. Moi, j'ai fait le mort en pensant que peut-être je l'étais ou le serais bientôt", écrit Philippe Lançon, qui se souvient aussi de la "minute horriblement silencieuse" qui a suivi le départ des tueurs, puis de son évacuation par les pompiers "sur un fauteuil à roulettes".

"J'ai survolé les corps de mes compagnons morts, Bernard, Tignous, Cabu, Georges, que mes sauveteurs enjambaient ou longeaient, et soudain, mon Dieu, ils ne riaient plus", poursuit-il, avant de conclure: "Il me faudra un peu de temps et de rééducation pour arriver à rire, la mâchoire est plus fragile que le coeur, mais j'y parviendrai". 

A.S.