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Le premier centre de déradicalisation va accueillir une dizaine de volontaires

Le premier centre de déradicalisation ouvrira fin septembre à Beaumont-en-Véron, en Indre-et-Loire. Il accueillera une dizaine de volontaires non condamnés pour terrorisme mais en rupture avec la société.

Baptisé "centre de prévention, d'insertion et de citoyenneté" (CPIC), c'est le premier du genre en France. L'équipement est encore rudimentaire, les chambres ne sont pas toutes terminées. Mais d'ici la fin du mois, une dizaine de jeunes en voie de radicalisation islamiste s'installeront à Beaumont-en-Véron, un village de 2.900 habitants d'Indre-et-Loire.

Autrefois centre éducatif pour mineurs vulnérables ou en difficulté, il se trouve dans le château de Pontourny, près de Chinon, en pleine campagne. "Ici seront accueillis durant une période maximum de dix mois des jeunes âgés de 18 à 30 ans en voie de radicalisation et qui veulent s'en sortir", a expliqué le préfet d'Indre-et-Loire Louis Lefranc, en insistant sur le caractère "volontaire" de la démarche des futurs pensionnaires.

"Des individus qui tiennent des discours de haine"

La structure d'une trentaine de salariés, renforcée par des intervenants extérieurs, accueillera début 2017 un maximum de 25 jeunes adultes "en rupture avec leur amis, leur famille, leur pays, leurs voisins. Aucun ne sera sous main de justice pour faits de terrorisme, n'aura tenté d'aller en Syrie ou n'aura été condamné pour des faits de violence", a assuré le préfet.

"On va être plutôt sur des individus qui sont sur des positions de rupture identitaire, des individus qui tiennent des discours de haine contre l'occident, a indiqué pour BFMTV Amélie Boukhobza, psychologue et spécialiste du jihadisme. On les a sous la main 24 heures sur 24, donc on peut véritablement espérer changer des choses, travailler, aborder des choses avec eux."

"Il s'agit d'une démarche inédite, complémentaire d'une prise en charge qui existe déjà", a ajouté Muriel Domenach, secrétaire générale du comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation, selon laquelle "actuellement, 2.375 personnes sont suivies en milieu ouvert" pour radicalisation.

Lever des couleurs et réveil à 6h45

À Pontourny, les premiers bénéficiaires du programme "réinsertion et citoyenneté" seront logés dans des chambres individuelles aménagées dans les communs du château et ressemblant à des résidences pour étudiants. Des barreaux aux fenêtres doivent toutefois prévenir d'éventuelles tentatives de défenestration. Les résidents disposeront du parc, de salles de réunion, d'un foyer et d'une salle de sport.

Vêtus des tenues qui leur seront fournies, "une pour tous les jours, une pour le sport et une pour les sorties du centre", a détaillé Pierre Pibarot, directeur du groupement d'intérêt public "Réinsertion et citoyenneté", les volontaires assisteront une fois par semaine au lever des couleurs après leur réveil quotidien fixé à 6h45.

"Nous voulons faire un travail avec les symboles de la République, et le drapeau en est un, a expliqué Pierre Pibarot. C'est une démarche visant à susciter le débat. Il s'agit de développer ou de re-développer leur esprit critique."

Au programme: histoire, philosophie ou encore éducation aux médias. Chaque volontaire bénéficiera d'un accompagnement médical, social et psychologique. Ils devront également s'inscrire à des activités sportives ou créatives et s'investir dans la préparation de leur réinsertion sociale et professionnelle. "La pratique religieuse sera libre pendant le temps personnel", a précisé Muriel Domenach.

Douze structures similaires d'ici la fin 2017

L'ouverture du CPIC suscite de fortes résistances et plusieurs dizaines de riverains de l'association "Radicalement digne de Pontourny" ont manifesté mardi lors de la présentation du centre devant l'allée menant au site. "Nous sommes plutôt rassurés en ce qui concerne les personnes qui seront à l'intérieur. Mais ce centre va être une cible pour Daesh", s'inquiète le président de l'association, Michel Carrier. "Les mesures de sécurité sont tout à fait insuffisantes", renchérit un riverain, en évoquant une clôture "défoncée qui ne peut empêcher ni les intrusions extérieures, ni les fuites de l'intérieur".

Dix-huit caméras surveilleront le site et ses abords, un système infrarouge protégera l'enceinte et les gendarmes pourront intervenir "en quelques minutes" si nécessaire, ont énuméré les représentants des autorités.

Pontourny sera ainsi le prototype des centres de réinsertion et de citoyenneté qui doivent voir le jour dans chaque région. Les autorités ont annoncé la création de douze structures similaires d'ici la fin 2017. Selon un dernier bilan, 11.811 personnes ont été ciblées sur l'ensemble du territoire en raison d'un présumé repli identitaire, d'une apologie du terrorisme ou de leur hostilité aux institutions, selon Le Figaro. Un bond de près de 70%.

C.H.A. avec Alexis Cuvillier, Jérémy Muller et AFP