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Le difficile retour en France des enfants de jihadistes

Un homme marche parmi les ruines de Raqqa, "capitale" de Daesh pendant trois ans, le 16 janvier 2018.

Un homme marche parmi les ruines de Raqqa, "capitale" de Daesh pendant trois ans, le 16 janvier 2018. - Delil Souleiman - AFP

Plusieurs dizaines d'enfants, rentrés en France après avoir passé plusieurs années en Syrie ou en Irak dans le giron de Daesh, présentent d'importants traumatismes qui les empêchent de se réinsérer correctement dans la société.

Comment réintégrer dans la société un enfant qui a vécu pendant plusieurs années dans une organisation terroriste? C'est le défi que pose aujourd'hui le retour en France des "enfants de Daesh", ces mineurs qui sont soit nés sur place, soit ont été emmenés très jeunes en Syrie ou en Irak par leurs parents.

Selon nos informations, les renseignements français estimaient déjà en septembre 2016 le nombre d'enfants nés sur place à une soixantaine. Plusieurs dizaines sont déjà rentrés dans l'Hexagone, comme cet orphelin dont Le Parisien raconte le retour particulièrement difficile.

Auditionné la semaine dernière par la brigade criminelle, l'enfant de 11 ans ne semble pas réagir au décès de ses parents, comme anesthésié de toute émotion. Pris en charge par d'autres familles à la mort de ses parents, il est rapatrié en France lorsque celles-ci se font arrêter. Trois ans en Syrie ont suffi pour traumatiser le pré-adolescent, qui confie que son père était toujours armé, même lors des repas, et que ce dernier lui avait montré des vidéos d'égorgement.

Des enfants qui ont pu assister à des décapitations

Le quotidien raconte que son oncle n'a pas souhaité l'accueillir, par peur qu'il ne "contamine" ses enfants. La solution a été de le placer seul, dans une famille sans enfants, où il aurait d'ailleurs menacé d'égorger son éducatrice.

"Les témoignages qu'on recueille montrent que ce sont des gamins, souvent petits, qui ont vécu dans des conditions qui ne sont pas normales pour un enfant de cet âge-là, il y a des valeurs qui sont tout à fait différentes de celles qu'on a aujourd'hui dans les sociétés occidentales", confirmait François Molins sur RTL mardi.

"Des enfants qui peuvent être amenés par leurs parents pour assister à des décapitations, qui voient des armes à la maison tous les jours, qui vivent sur des valeurs non-tolérantes, anti-démocratiques, anti-tout, ça marque forcément les esprits", décrit le procureur de la République de Paris.

Celui-ci insiste sur la nécessité d'"innover, (d')inventer des dispositifs de prise en charge qui soient pluriels, qui se traduisent par un vrai partage de l'information". Le procureur de la République met également sur le fait que depuis l'été dernier, Daesh connaît une "inflexion idéologique" qui consiste ponctuellement à "appeler les femmes et les enfants au jihad armé".

Un suivi pour "retrouver un semblant de normalité"

"Il n'est pas exclu qu'on puisse avoir des participations de femmes et de mineurs à des activités combattantes. Ce sont des choses auxquelles on n'aurait pas pensé il y a plusieurs mois. Ça incite à la prudence et à être particulièrement vigilants sur la radicalité et la dangerosité de ces personnes", prévient-il.

François Molins explique qu'au-dessus de 13 ans, les réponses à une éventuelle participation à des "activités opérationnelles combattantes" sont judiciaires.

"En-dessous, on est essentiellement dans des réponses d'ordre éducatif, avec la nécessité de prendre ces enfants en charge. Je pense d'ailleurs que ce sera l'un des gros enjeux des années à venir: assurer une prise en charge suffisamment spécifique et qui soit suffisamment au long cours pour qu'on s'assure que ces petits, qui sont peut-être un peu des 'bombes à retardement' compte tenu de tout ce qu'ils ont vu, soit véritablement éduqués et traités comme il faut pour retrouver un semblant de normalité", espère-t-il.
Liv Audigane