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L'ex-mentor des Kouachi s'engage dans la lutte anti-déradicalisation

L'ex-émir des frères Kouachi, aujourd'hui "repenti", a choisi de s'investir dans la lutte contre la radicalisation. Il a été recruté par Dounia Bouzar, qui dirige le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam.

Il s'appelle Farid Benyettou. Au début des années 2000, il était le mentor des frères Kouachi, au sein de la filière dite des Buttes-Chaumont, à Paris. Aujourd'hui, l'homme a changé de camp: il oeuvre désormais, aux côtés de de Dounia Bouzar, figure controversée de la lutte anti-radicalisation, auprès des jeunes tentés par le jihad. Un virage qui questionne, au regard du lourd passé du personnage. 

Pour rappel, Farid Beyettou a été condamné en 2008 à six années de prison, reconnu comme l'un des chefs de cette "filière des Buttes-Chaumont". 

"J'aimerais partager mon expérience"

Aujourd’hui, Farid Benyettou assure qu’il a tourné la page. Il se présente comme un repenti, et dit vouloir réparer ses erreurs. 

Sa démarche, il l'a expliquée à Libération en ces termes: "J’ai réalisé que moi aussi j’avais des choses à dire (...) J'aimerais partager mon expérience".

"Il a compris que ce n'était pas le vrai islam"

Dans le centre de déradicalisation monté par Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux, sa mission est d'intervenir auprès de jeunes endoctrinés, pour contrer le discours de Daesh. Ici, les repentis jouent un rôle indispensable. 

"Celui qui est désembrigadé a compris que ce n'[était] pas la réalité", explique Dounia Bouzar au micro de BFMTV. "C'est bien celui qui a compris que là-bas, ce n'est pas le vrai islam, que ce n'est pas le vrai monde utopique dont ils rêvait, qui peut en témoigner". 

Pourtant, cette collaboration interpelle. L’ancien jihadiste a été le mentor des frères Kouachi. Peut-on, dès lors, lui faire confiance?

Un recrutement contre l'avis de la place Beauvau

Oui, assure Farhad Khosrokhavar, directeur de recherche à l'EHESS, et auteur de Prisons de France, qui l’a rencontré récemment: 

"Il est connu des cercles radicalisés. Par conséquent, le fait qu'il remette en cause son engagement du passé, peut dissuader les jeunes en voie de radicalisation de partir, ou d'agir violemment". 

Quoi qu’il en soit, le repenti ne travaillera pas à la lutte officielle contre radicalisation: la structure qui l’emploi a rompu son contrat avec l’Etat. Et son recrutement s'est fait contre l'avis du ministère de l'Intérieur. 

C. P. avec Antoine Heulard et Sébastien Savoye