BFMTV

Dieudonné - Charlie: l'ambigu numéro du polémiste

Dieudonné M'bala M'bala en conférence de presse.

Dieudonné M'bala M'bala en conférence de presse. - François Guillot - AFP

La relecture chronologique des prises de parole de Dieudonné autour de la vague d'attentats des derniers jours met en lumière l'inconfort du polémiste face à des événements qui divisent ses habituels supporters.

Casse-tête à DieudoLand. Autoproclamé premier défenseur de la liberté de rire de tout et de tout le monde, l’humoriste a dû vivre une semaine pleine de dilemmes. Quelle position adopter face au massacre de la rédaction de Charlie Hebdo? Fallait-il participer à l’élan national de solidarité envers ceux qui, comme lui, soutiennent le droit au blasphème? Ou ménager ses supporters, dont une bonne partie est avide de théories du complot?

D’abord une certitude: Dieudonné est une véritable forteresse sociale. 868.500 fans sur Facebook, 119.500 followers sur Twitter, son audience est massive. A titre de comparaison, le couple exécutif est loin derrière: 545.775 fans pour François Hollande sur Facebook, 41.500 pour Manuel Valls et à peine plus de 150.000 pour le compte officiel de l’Elysée.

Une situation glissante

Le problème d’une telle base de fans, réunie autour d’une personnalité qui existe avant tout par l'art du contre-pied, c'est qu'elle ne peut être d'accord sur tout. Chaque fan de Dieudonné est unique par les raisons qui le poussent à afficher son soutien au polémiste. 

La situation était donc glissante: le silence de Dieudonné n'aurait pas été compris. Il s'agissait donc pour lui de contourner l'écueil, d'essayer de ménager la chèvre et le chou. Première réaction: la compassion vis à vis des défenseurs de la liberté d'expression. Quelques heures après les faits, il publie sa première réaction sur Facebook.

Réaction de Dieudonné quelques heures après l'attaque de Charlie Hebdo
Réaction de Dieudonné quelques heures après l'attaque de Charlie Hebdo © Dieudonné officiel - Facebook

Dès le lendemain, le ton se fait plus suspicieux. "A qui profite le crime?", s'interroge le site Quenel+, organe de presse officiel de la Dieudosphère. Les articles s'enchaînent comme autant d'os à ronger pour les partisans de la théorie du complot. Ici, un article décrivant la découverte de la carte d'identité d'un des frères Kouachi comme "un heureux hasard".

Capture d'écran d'un article publié par Quenel+
Capture d'écran d'un article publié par Quenel+ © Dieudonné Officiel - Facebook

Vendredi matin, le message devient pacifiste. "Nous sommes la Paix! Athées, laïcs, musulmans, juifs, chrétiens, la paix avant tout", clame la photo de profil du compte Dieudonné Officiel. Vient alors la question que tout le monde se pose: marchera, marchera pas? La réponse tombe dimanche matin sur les réseaux sociaux : Dieudonné sera là.

Les réactions de ses fans sont, dans l'ensemble, plutôt négatives. "Moi je refuse de marcher aux côtés de Netanyahu cet assassin", "Dommage... Marcher avec Netanyahu, tu commences à changer Dieudo...", "Dieudo, ta place est avec le FN à Beaucaire ou à prendre l'apéro avec Jean-Marie, mais pas plus". D'autres y voit un ultime pied de nez à la bien-pensance: "Si tu places une épaulée à côté de Netanyahu, tu rentres dans la légende". A son retour de la marche, Dieudonné poste un message très ambigu qui va enflammer la toile conclu par une phrase choc : "Je me sens Charlie Coulibaly".

Message de Dieudonné juste après la Marche Républicaine
Message de Dieudonné juste après la Marche Républicaine © Dieudonné Officiel - Facebook

Le message est rapidement retiré, mais le mal est fait. Sur Twitter, beaucoup de ses supporters se désolidarisent.

Lundi matin, le parquet de Paris ouvre une enquête pour apologie du terrorisme à l'encontre du polémiste. Dans un communiqué, celui-ci tente de s'expliquer en avançant qu'on "le considère comme un Amedy Coulibaly alors qu'il n'est pas différent de Charlie". Un n-ième procès en perspective.

François de la Taille