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Charlie Hebdo, menacé depuis l’affaire des caricatures de Mahomet

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Cible, ce mercredi, d'une attaque meurtrière, l'hebdomadaire "Charlie Hebdo" a été à plusieurs reprises l'objet de menaces, après avoir publié des caricatures du prophète Mahomet. Le journal satirique avait d'ailleurs déjà été visé par des attaques, mais celles-ci n'avaient jamais fait de victimes.

L'horreur et l'effroi. L'hebdomadaire Charlie Hebdo a été victime d'une attaque sanglante ce mercredi: deux hommes lourdement armés ont pris d'assaut la rédaction du journal, située dans le 11e arrondissement de Paris, faisant au moins douze morts.

Si cette fusillade n'a pas été revendiquée, les assaillants ont été filmés dans la rue par des témoins, en train de tirer sur des policiers, tout en criant "On a vengé le prophète Mahomet! On a tué Charlie Hebdo". Des témoignages confirmés, en fin de journée, par le procureur de Paris. Créé en 1970, le journal satirique, qui a toujours adopté le ton de la provocation, a déclenché ces dernières années plusieurs polémiques liées à l'islam. Retour en arrière.

> Les premières caricatures en 2006

Le 8 février 2006, Charlie Hebdo déclenche un débat en France en publiant un numéro spécial comportant douze caricatures du prophète Mahomet, dont la représentation est interdite par la religion musulmane, qui considère cela comme un blasphème. Ces caricatures avaient été publiées pour la première fois en septembre 2005 dans un quotidien danois, le Jyllands-Posten, entraînant des manifestations et des violences dans plusieurs pays. A l'image de Charlie Hebdo, d'autres journaux européens les ont également reprises.

A la Une, en pleine page, un dessin signé Cabu, l'un des quatre caricaturistes du journal tués ce mercredi, montre, sous le titre "Mahomet débordé par les intégristes", le prophète en larmes, se prenant la tête dans les mains et soupirant: "C'est dur d'être aimé par des cons".

> L'incendie des locaux en 2011

En novembre 2011, malgré les menaces récurrentes de groupes islamistes qui pèsent sur lui depuis 2006, l'hebdomadaire publie une nouvelle série de caricatures dans un numéro spécial, et se renomme pour l'occasion "Charia Hebdo". Le prophète Mahomet apparait à nouveau en Une, cette fois-ci dessiné par Luz, qui lui fait dire "Cent coups de fouet, si vous n'êtes pas morts de rire!". Le journal se vend à 400.000 exemplaires.

Dans la nuit du 1er au 2 novembre, soit quelques heures avant la publication de ce numéro spécial, les locaux de la rédaction de Charlie Hebdo sont partiellement détruits par un incendie volontaire. L'équipe du journal est hébergée pendant deux mois dans les locaux de Libération, le temps de trouver un nouveau siège.

Cet événement n'a pas stoppé l'hebdomadaire, qui a publié de nouvelles caricatures en 2012, s'attirant des critiques en provenance de plusieurs pays musulmans. Le directeur de l'hebdomadaire, Stéphane Charbonnier, dit "Charb", déclare alors: "il y a de la provocation comme toutes les semaines, pas plus avec l'islam qu'avec d'autres sujets".

Le site internet du journal a aussi été victime de piratages à plusieurs reprises. En 2011, sa page d'accueil avait été remplacée pendant plusieurs heures par une photo de la mosquée de La Mecque avec ce slogan: "No God but Allah" ("Pas d'autre Dieu qu'Allah"). Un autre piratage massif a eu lieu en 2012.

> Les menaces permanentes

Selon l'avocat de Charlie Hebdo, Richard Malka, le journal était la cible de "menaces constantes depuis la publication des caricatures de Mahomet". "Ca fait huit ans qu'on vit sous la menace, qu'il y a des protections, mais il n'y a rien à faire contre des barbares qui viennent avec des kalachnikov", a-t-il déclaré.

En 2011, après l'incendie, Charb avait reçu des menaces de mort et avait été placé sous protection policière, comme d'autres caricaturistes du journal. Il a été abattu mercredi matin, tout comme le policier chargé de sa protection.