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Attentats: "Les têtes pensantes sont des gens que l’on connait bien", avance Trévidic

Ancien juge du pôle antiterroriste, Marc Trévidic a dû traiter un grand nombre de dossiers sur des jihadistes. Il décrit notamment Salah Abdeslam comme un personnage "complexe", différent des autres kamikazes.

Il a suivi la plupart des affaires de terrorisme ces dernières années. Marc Trévidic, ancien juge au pôle antiterroriste de Paris, est revenu vendredi soir sur les avancées de l'enquête des attentats de Bruxelles qui fait désormais le lien avec ceux du 13 novembre à Paris. "C’est tellement vieux les réseaux franco-belges en la matière", décrit-il.

Alors qu'il s'exprime sur BFMTV pour la première fois depuis l'arrestation de Salah Abdeslam, Marc Trévidic explique que "ce qu'il s’est passé en Belgique à partir de l’arrestation d’Abdeslam a précipité les choses". Selon le magistrat, les attaques de Bruxelles "devaient certainement être beaucoup plus organisées, plus programmées".

"Il y en a d’autres à interpeller"

Si ces arrestations mettent un coup de frein à cette filière, Marc Trévidic est pessimiste sur l'avenir. "Quand on voit le nombre de matériel qui est saisi à différents endroits, le nombre de personnes impliquées que ce soit en France ou en Belgique, on se dit qu’on a quand même échappé au pire et qu’il devait sûrement se préparer quelque chose de très programmé, très organisé", poursuit-il.

"Là, ils sont quand même déstabilisés mais il y en a qui sont dans les rues", prédit-il. Je ne crois pas qu’il y avait une seule personne à Argenteuil avec tout ce qu’ils ont trouvé, ça me parait impossible. (...) Ca laisse penser qu’il y en a d’autres à interpeller le plus vite possible et qu’ils pourraient faire des choses comme ça s’est passé à Bruxelles."

Abdeslam, "une personnalité complexe"

Mais pour l'ancien juge du pôle antiterroriste, les événements tragiques de ces derniers mois en Europe ne sont pas le fruit d'apprentis jihadistes. "Pratiquement tous les gros réseaux que l’on a eu à traiter ces dernières années sont des réseaux franco-belges, détaille Marc Trévidic. Dans les années 90, c’était le réseau Farid Melouk, qui est certainement l’un des penseurs de ce qu’il nous est arrivé le 13 novembre et en Belgique."

"Les têtes pensantes sont malgré tout des gens que l’on connait bien", insiste-t-il. Assurant que pour "comprendre qui dirige", il faut se pencher sur les jihadistes "anciens". 

Plus précisément sur le cas de Salah Abdeslam, Marc Trévidic estime que le terroriste présumé "a une personnalité plus complexe que celle de l'automate terroriste qui vient se faire exploser". "Il y a quand même des failles, des retours en arrière, des choses qui seront certainement à exploiter", imagine le magistrat, qui pense qu'il doit exister "une façon peut-être de l'interroger qui peut être payante" pour l'amener à parler car "il dit beaucoup de mensonges". Car même si Abdeslam "minore" sa participation aux attentats du 13 novembre, "elle est énorme", conclut Marc Trévidic.

J.C.