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Marc Trevidic, la nostalgie de l'antiterrorisme

Rencontre - Marc Trévidic ne manque pas une occasion de s'exprimer publiquement sur les débats de sécurité qui agitent la société alors même qu'il ne travaille plus dans la lutte antiterroriste.

Il ne cache pas son envie de reprendre du service dans la lutte antiterroriste. Pourtant, Marc Trevidic, 50 ans, est depuis le mois de septembre dernier, juge aux affaires familiales à Lille. Comme tous les magistrats spécialisés, il a dû changer de poste après 10 ans passés à l'antiterrorisme.

"J'essaie de faire bien mon travail car la justice doit être rendue dans toutes les matières. Mais ce n'est pas ma spécialité", semble regretter l'ancien juge antiterroriste au micro de BFMTV.

Jusqu'en septembre en effet, il était un des visages les plus connus de la lutte contre le terrorisme en France. Une fois à son poste dans les années 2000, il relance d'anciennes affaires: l'attentat de la rue des Rosiers, l'assassinat des moines de Tibhirine, l'attentat de Karachi... "C'est quelqu'un qui ne va pas étouffer un dossier au prétexte que cela peut gêner le pouvoir en place", estime l'avocat des familles de victimes de cet attentat, Olivier Morice. 

"Aux prises avec l'actualité"

Mais Marc Trévidic se plaint peu à peu de brimades de sa hiérarchie. "J'étais en train de me détruire, parce que ça vous bouffe, parce que vous vous sentez isolé", explique-t-il avec du recul. Pourtant, il évoque son ancien poste avec une passion non dissimulée. "Quoi qu'il se passe dans le monde, vous avez la répercussion dans votre bureau très rapidement (...). Vous êtes aux prises avec l'actualité et ça c'est vraiment quelque chose qui est très à part dans la magistrature", juge-t-il.

Depuis les attentats qui ont endeuillé la France en 2015, le public habitué à le voir sur les plateaux de télévision attend son expertise, même s'il n'est pas optimiste et déplore le manque d'enquêteurs. 

"Les deux dernières années c'était ça. C'était navrant. C'était plus dur d'avoir un officier de police judiciaire pour aller faire une opération que d'avoir un rendez-vous chez un dentiste réputé" , déplore-t-il.

Omniprésence médiatique

Il loue aujourd'hui un studio, loin de sa femme et ses enfants restés en région parisienne, et a écrit son premier roman: une histoire d'amour sur fond de fanatisme religieux.

"Comme j'étais un peu déboussolé (...) cela me remettait quand même dans la matière terroriste", assume-t-il.

Et dans les médias, l'homme continue de réagir au risque terroriste qui menace la France. Quitte à faire grincer quelques dents. "Je pense que quand votre message est fort, lorsqu'il est légitime (...) il n'est pas nécessaire d'aller le démultiplier dans tous les médias au risque de laisser penser que vous menez une campagne d'autopromotion", estime l'ancien porte-parole du ministère de la justice Guillaume Didier.

Marc Trévidic, lui, se dit bien conscient qu'il ne fait pas l'unanimité, mais il revendique sa "parole libre" et entend bien continuer à s'exprimer sur les débats en cours.

A. D.