BFMTV

Agression d'un militaire à La Défense: le renseignement a-t-il failli?

Alexandre D., l'agresseur présumé d'u militaire à La Défense est conduit au palais de justice de Paris par un policier.

Alexandre D., l'agresseur présumé d'u militaire à La Défense est conduit au palais de justice de Paris par un policier. - -

Alexandre était bien connu des services de renseignement. Ce jeune homme arrêté mercredi matin pour l'agression d'un militaire samedi à la défense avait déjà attiré l'attention des services de renseignements des Yvelines. Une note présentait cet individu, converti à l'islam, comme un fondamentaliste musulman. Mais la DCRI n'a jamais donné suite.

Pourquoi la DRCI n'a-t-elle pas enquêté sur Alexandre D.? Prières dans la rue, refus de côtoyer des femmes, notamment dans le monde du travail, certains signes avant-coureurs pouvaient laisser présager une action violente, comme l'a été l'agression samedi à La Défense d'un militaire lors d'une patrouille Vigipirate.

"Repéré" mais jugée "sans caractère de dangerosité"

Jusqu'alors, "Alexandre n'était pas connu des services spécialisés", selon le procureur. Repéré lors d'une prière de rue en 2009, il n'était pas apparu comme "présentant un caractère de dangerosité".

Pourtant, le jeune homme avait été "signalé" en février comme "se radicalisant" par une note de la Sous-direction de l'information générale (SDIG, ex-RG) des Yvelines, a révélé Le Monde.fr. Mais cette note ne présentait pas un profil jihadiste, a mis en garde Manuel Valls sur RTL, soulignant "la difficulté de traiter ce type de profil".

Cette note précisait aussi, selon la DGPN, que le jeune homme avait refusé un emploi en 2011 "qui le placerait au contact des femmes" et qu'il avait confié son souhait de "suivre une formation religieuse à l'étranger".

La réforme de la réforme du renseignement de 2008 en cause

"La faille est dans l'évaluation de la dangerosité", relève l'islamologue Mathieu Guidère. "Les grilles d'évaluation des services de renseignement font que ces individus ne sont pas considérés comme dangereux".

Mais les professionnels du renseignement pointent aussi la réforme 2008 qui a divisé en plusieurs entités le renseignement intérieur français et consacré l'éclatement des RG. Ainsi, la DCRI a hérité du contre-espionnage et de la lutte contre le terrorisme et de la surveillance des communications. Les SDIG (ex-RG) ont un rôle plus flou. Les deux services auraient-ils mal communiqué?

Alexandre D., Mohamed Merah, des cas imprévisibles

Pour Christian Flaesh, directeur de la police judiciaire parisienne, le problème est que le cas d'Alexandre D. est loin d'être un cas isolé. C'est ce qui explique que son profil n'ait pas retenu plus que ça l'attention. "Il était connu des renseignements pour avoir une pratique de l'islam rigoureuse, mais heureusement tous les pratiquants d'un islam rigoureux ne sont pas des terroristes, commente le policier.

Bernard Pasqualini, ancien commissaire de la police à la DNAT, souligne pour sa part l'impossibilité de prévoir de tels passages à l'acte qu'"on ne peut pas anticiper". Les renseignements concède-t-il, sont "désarmés" face à cette nouvelle forme de terrorisme.

Ce jeudi, une commission d'enquête parlementaire rend un rapport sur les moyens dont disposent les services de renseignement, notamment la DCRI, pour traquer les mouvements djihadistes.


À LIRE AUSSI:

>> Militaire agressé: le suspect, un jeune marginal converti de 22 ans

>> Le militaire agressé à la Défense est "traumatisé"

>> Militaire agressé à La Défense: l'auteur présumé "a fait une prière avant l'agression"

David Namias et Kelly Lafin (vidéo)