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Terrorisme: pour Marc Trévidic, il faut décentraliser le renseignement

Pour l'ancien juge anti-terroriste Marc Trévidic, invité de BFM Politique ce dimanche, il faut décentraliser les moyens judiciaires ainsi que ceux des services de renseignement, pour permettre une plus grand réactivité face au terrorisme.

Alors qu’une nouvelle attaque au couteau a touché la France le week-end dernier, l’ancien juge anti-terroriste Marc Trévdic, invité de BFM Politique ce dimanche, est revenu sur la difficulté à prévoir de tels actes. Ainsi que sur l'impossibilité de mettre en place "un crime par anticipation", comme le réclame l'opposition et une majorité des Français.

L'homme qui a tué une personne et blessé quatre autres à Paris samedi 12 mai, était fiché S. De quoi relancer le débat sur l'efficacité de ces fiches. Pour l’ancien juge d’instruction au pôle antiterroriste, ces dernières sont toutefois utiles pour les enquêteurs:

"Il faut les garder cela sert aux services de renseignement pour surveiller les déplacements des individus. La vraie question, c’est quelqu’un qui a attiré l’attention à cause de sa dangerosité potentielle, qu’est-ce qu’on peut faire? S’il y a très peu de signaux en cours, comment voulez-vous qu’on fasse?", a-t-il demandé sur notre plateau.

"Qui va décider qu'une personne est capable de passer à l'acte ?"

Le juge qui avait reçu dans son bureau, avant son passage à l'acte, l’un des terroristes responsables du meurtre du père Hamel en 2016 à Saint-Etienne-du-Rouvray, a assuré qu’il était impossible d’anticiper de tels passages à l’acte:

"On peut imaginer que la personne a un profil inquiétant, on la met en prison on la condamne avant le passage à l’acte pour une association de malfaiteurs, pour une peine pas très longue (…) Mais on ne peut pas aller trop loin. Qui va décider ensuite qu’une personne est potentiellement capable de passer à l’acte? Quand on n’a même pas ces preuves, qui va décider qu’il faut l’incarcérer? Et pour combien de temps?", alors que Laurent Wauquiez milite depuis longtemps pour "l’internement des fichés S les plus dangereux", et que 74% des Français se sont prononcés pour une telle mesure, dans un sondage Elabe pour BFMTV.

Sondage Elabe
Sondage Elabe © Image BFMTV

"La réponse est évolutive"

"Et les Français on leur a demandé combien de temps on incarcérait les fichés S les plus dangereux? Le temps qu'ils se convertissent au catholicisme ?", s'est-il offusqué. "Et jugés par qui? C'est toute la question. La Stasi en Allemagne de l'Est faisait ça très bien, elle estimait que quelqu'un était dangereux et arrêtait les gens, il n'y avait pas besoin de juges."

Alors quelle réponse l'Etat doit employer contre le terrorisme, qui après des attaques de grande ampleur, s'est mué en actes commis par des individus en apparence plus isolés? "La réponse est évolutive" assure Marc Trévidic. "Dès qu'on détecte quelqu'un que l'on considère dangereux, il faut la capacité de mettre le paquet. On se rend compte souvent, a posteriori, qu'il y avait des éléments qui auraient dû nous mettre la puce à l'oreille. Avec des moyens un peu plus étoffés, on a peut-être des chances de les arrêter avant et cela reste dans notre système de droit", estime le désormais premier vice-président au tribunal de grande instance de Lille.

Décentraliser les outils de lutte contre le terrorisme

L'ancien juge anti-terroriste a également salué la proposition de Nicole Belloubet, ministre de la Justice, qui souhaite la création d'un parquet national anti-terroriste, ajoutant cependant qu'il fallait décentraliser ce parquet et mettre des antennes en province: "Aujourd'hui tout remonte à Paris. La DGSI c'est le même problème. Ils ont des agents sur le terrain qui font des rapports qui sont lus une semaine après à Levallois."

La solution? Que soient créées "des antennes en Province de ce futur parquet national anti-terroriste où les magistrats de terrain auraient des contacts avec les policiers et les agents de renseignements de terrain", conclut-il.

Guillaume Dussourt