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Territoire-de-Belfort: sa mère meurt après cinq appels au Samu, elle porte plainte

Un centre d'appel du Samu (photo d'illustration)

Un centre d'appel du Samu (photo d'illustration) - Stéphane De Sakutin - AFP

France 3 Bourgogne-France-Comté a pu consulter les appels au 15 passés par la famille de la victime le jour de sa mort. Ces derniers révèlent que les secours ont mis près d'une heure à arriver et que la médecin régulatrice qui a pris la sexagénaire en charge estimait qu'il n'y avait pas d'urgence.

L'histoire rappelle celle de Naomi Musenga. La jeune femme de 22 ans, qui souffrait de maux de ventre, n'avait pas été prise aux sérieux par les opérateurs de régulation médicale du Samu de Strasbourg et était morte quelques heures plus tard, en décembre 2017. Mardi, France 3 Bourgogne-Franche-Comté a rapporté qu'une plainte pour des faits similaires a été déposée par la famille d'une sexagénaire, morte le 14 septembre dernier après de multiples appels au 15, dans une petite commune du Territoire-de-Belfort.

La chaîne de télévision a pu consulter les appels téléphoniques passés par la famille d'Edith Greffier le jour de sa mort. Mal au bras, pâleur excessive, difficulté à respirer, vomissements.. La fille de la victime décrit à une médecin régulatrice les symptômes dont souffre sa mère lors d'un premier coup de téléphone à 15h22. Elle ajoute que la sexagénaire souffre d'hypertension. 

"On va la voir puisqu’elle ne se sent pas bien. Vous savez, il y a beaucoup de gastros en ce moment", dit alors la médecin, ajoutant qu'une ambulance est censée arriver "dans l'heure".

Environ 25 minutes plus tard et alors que les symptômes de sa mère se sont aggravés, sa fille rappelle le 15 pour savoir où en sont les secours. On lui répond alors que le véhicule arrive sous peu. Un peu plus de 10 minutes après ce coup de téléphone, Anne-Sophie Forni Greffier contacte de nouveau le Samu, paniquée: sa mère ne respire plus. Le nouvel opérateur téléphonique prend la décision d'envoyer une équipe médicale en plus de l'ambulance et assiste la famille, qui commence à pratiquer un massage cardiaque sur Edith Greffier.

"Elle avait juste une gastro hein..."

Nouvel appel à 16h05, du mari de la victime cette fois-ci, à une autre opératrice. Cette dernière le met en attente et interroge la médecin régulatrice sur l'arrivée du Samu. "Parce qu'elle avait juste une gastro hein... Alors euh. Et le SMUR va arriver", répond-elle à l'opératrice avant de prendre l'appel du mari. Pendant ce temps, les ambulanciers arrivés sur place tentent de réanimer Edith Greffier.

"Depuis tout à l'heure qu'on nous mène en bateau. (...) Si elle décède ce sera de votre faute", dit le mari de la victime à l'opératrice, qui lui répond une nouvelle fois que le Samu est censé arrivé.

Transférée à l'hôpital de Trévenans, près de Belfort, Edith Greffier est morte d'un infarctus plus tard dans la journée. Sa fille a depuis déposé plainte pour non assistance à personne en danger, requalifiée ensuite par la police en homicide involontaire.

"J'attends qu'ils reconnaissent leurs torts. J'ai été claire sur les symptômes de ma mère, ils sont partis sur une autre chose... Je suis restée tout le temps vers ma maman. Il a fallu attendre 40 minutes avant qu'une ambulance arrive, une heure avant que le Samu soit là. Je ne comprends pas", explique à France 3 Bourgogne-Franche-Comté la fille de la victime, qui juge que sa mère aurait pu survivre si les secours étaient arrivés plus rapidement.

Les bandes d'appels au 15 transmises à la police

Pour l'avocate de la plaignante, il s'agit "d'éviter que cela se reproduise". La famille d'Edith Greffier souhaite donc qu'un centre d'appel au 15 soit rouvert dans le nord de la Franche-Comté. Comme le rappelle France 3, les appels passés au Samu depuis le Territoire-de-Belfort sont actuellement pris en charge par le centre de Besançon, dans le Doubs, à 90 km de là...

De son côté, l'entreprise de l'ambulance envoyée chez la famille assure à la fille de la victime que le centre d'appel du 15 ne leur avait pas dit que la sexagénaire pouvait être en urgence vitale. Contacté par BFMTV, le service communication de l'hôpital fait savoir qu'une "analyse en interne de la prise en charge est en cours", ajoutant que "les bandes d'appels au Centre 15" ont été "transmises en intégralité" à la famille, ainsi qu’à la police.

Jérémie Paire et Juliette Mitoyen