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"Sur 39 féminicides, 13 ont été commis par arme à feu": la Fondation des femmes dénonce une "baisse de vigilance de l'Etat"

Anne-Cécile Mailfert, porte-parole d' "Osez le féminisme", lors d'une manifestation le 26 août 2013 à Paris.

Anne-Cécile Mailfert, porte-parole d' "Osez le féminisme", lors d'une manifestation le 26 août 2013 à Paris. - Thomas Samson - AFP

Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, estime que la confiscation automatique des armes en cas de plainte pour violences intrafamiliales n'est pas suffisamment appliquée.

"La détention d'armes à feu par des hommes violents avec leur conjointe est symptomatique d'une vigilance qui diminue au niveau de l'Etat." Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, tire la sonnette d'alarme à la suite de la mort d'une femme, mardi soir, à Mérignac en Gironde. La victime a été assassinée en pleine rue, blessée par balle puis brûlée vive. Son époux, principal suspect, a été interpellé peu après les faits, avec un fusil de chasse sur lui.

Le parquet de Bordeaux précise à BFMTV.com qu'il n'était pas détenteur d'un permis de port d'arme.

"Le fusil et les cartouches retrouvées lors de son interpellation étaient détenus en toute illégalité. Il a déclaré les avoir acquis auprès de 'voleurs'", nous indique la procureure de la République, Frédérique Porterie.

Mais ce nouveau drame est l'occasion pour Anne-Cécile Mailfert de rappeler que la confiscation des armes à feu après un dépôt de plainte pour violences intrafamiliales doit être automatique.

Sur 39 féminicides, 13 ont été commis par arme à feu

Au mois de février dernier, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, et Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, ont donné pour instruction de systématiser les saisies d’armes, "et ce dès la plainte", selon un commiqué de presse. Mais, dans les faits, la présidente de la Fondation des femmes estime que cette mesure est encore trop peu appliquée.

"Sur les 39 féminicides recensés depuis le début de l'année, 13 ont été commis par arme à feu", souligne-t-elle. "Il faut que le ministre réagisse. Est-ce que Gérald Darmanin sait, au moins, si chaque homme suspecté de violences conjugales n'est pas détenteur d'une arme?", interroge Anne-Cécile Mailfert.

Le 22 février dernier, à Clermont-Ferrand, une femme a été grièvement blessée par balle par son ex-conjoint qui s'est ensuite suicidé. Avant de passer à l'acte, l'homme, moniteur de tir, avait fait l'objet de trois plaintes pour violences par conjoint et avait même été placé en garde à vue pour ces faits. Ses armes avaient été saisies mais, les recours contre lui ayant été classés sans suite, celles-ci lui ont été rétrocédées et lui ont ensuite permis d'attaquer la victime.

Une loi qui "doit être améliorée"

"L'application de la loi récente sur la saisie des armes doit être améliorée sur le terrain, c'est précisément la demande formulée par les deux ministres au début de l'année", réagit l'entourage du ministre de l'Intérieur interrogé par BFMTV.com.

Ce jeudi, Gérald Darmanin, Eric Dupond-Moretti et Marlène Schiappa ont saisi l’inspection générale de l’administration et l’inspection générale de la justice afin de vérifier si des dysfonctionnements ont pu avoir lieu dans le suivi judiciaire de l'homme mis en cause dans le féminicide à Mérignac. Un premier pas dans la remise en question du gouvernement des moyens mis en place pour lutter contre les violences faites aux femmes. "Il ne faut pas oublier que, pour une femme, en France, le premier risque d'être assassinée pour elle, c'est par son conjoint", insiste Anne-Cécile Mailfert.

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV