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Suicide d'un surveillant de Fleury-Mérogis: "Son travail l'a tué", estime sa compagne

Alexandre, surveillant pénitentiaire à la prison de Fleury-Mérogis, s'est suicidé le 22 mai dernier vêtu de son uniforme de travail. Pour sa compagne, l'administration pénitentiaire est fautive.

Une marche blanche, réunissant plus de 300 personnes, s'est tenue ce dimanche matin en la mémoire d'Alexandre à Fleury-Mérogis, dans l'Essonne. Ce surveillant pénitentiaire, qui exerçait à la prison de la commune, s'est suicidé le 22 mai en sautant du pont de Tancarville, en Normandie. 

"Se suicider en tenue de travail, ça veut dire 'le travail m'a tué'"

Au moment de commettre son acte, Alexandre était vêtu de son uniforme de l'administration pénitentiaire. Un détail significatif pour sa compagne, qui s'exprime au micro de BFMTV.

"Se suicider en tenue de travail, avec marqué 'administration pénitentiaire', ça veut dire 'le travail m’a tué',", analyse-t-elle. "Ça veut dire que les conditions de travail, la surcharge de travail, la pression, le manque de reconnaissance et de soutien de la direction, c’est ça qui m’a tué. Et je n’ai pas envie que mes collègues peinent aussi. Je pense que quand il a fait ça il a aussi beaucoup pensé à ses collègues."

Pour elle, la hiérarchie de son compagnon est responsable de son suicide.

"Le 15 avril il s’est fait agresser indirectement par un détenu, il a ouvert une porte et reçu des projections d’urine lors d’une altercation entre deux détenus. Quand il est rentré il tremblait d’énervement. Mais la première chose que la directrice lui a dit c’est 'ce que vous avez vécu n’est pas grave, est-ce que vous venez travailler demain?'. Ça l’a mis en rogne", se souvient-elle. "Je l’ai emmené aux urgences et le médecin m’a dit clairement qu’il faisait un burn-out. Donc il a eu une semaine d’arrêt et deux semaines de congés qui ont suivi, puis il a repris le travail normalement."

Des burn-out plus nombreux

Une enquête a été ouverte pour déterminer les raisons de son acte. Deux semaines avant le suicide d'Alexandre, une autre surveillante de la prison de Fleury-Mérogis s'était elle aussi donné la mort.

A ces drames s'ajoute un nombre record de suicides de détenus au sein de cette plus grande prison d'Europe, sept en l'espace de cinq mois. Soit presque autant que sur les deux dernières années cumulées. L'établissement est également confronté à une surpopulation carcérale, avec 4.200 détenus.

Une situation critiquée par les syndicats:

"Vous avez de plus en plus d’arrêts psychologiques qui sont mis en place, de plus en plus de burn-out qui sont détectés", explique Thibault Capelle, secrétaire local FO Fleury-Mérogis. "Les chiffres explosent totalement ces dernières années. On n’en est pas encore sur des vagues de suicides programmés, on n’en est pas encore à ces extrémités-là. Par contre il est encore temps de stopper la mécanique avant qu’on y arrive", prévient-il.
C. P. avec Aymeric Barrault, Mélanie Vecchio et Olivier Saint-Paul