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Selon Latifa Ibn Ziaten, "Abdelkader Merah a préparé son frère Mohamed"

Latifa Ibn Ziaten s'est exprimée sur BFMTV ce mercredi soir, à l'issue du dix-huitième jour du procès d'Abdelkader Merah, frère de Mohamed Merah qui a assassiné sept personnes en mars 2012, dont son fils le sous-officier Imad Ibn Ziaten.

Ce mercredi 25 octobre marquait le dix-huitième jour du procès à Paris d'Abdelkader Merah, frère de Mohamed Merah auteur des tueries de Toulouse et Montauban en mars 2012. Lors de cette journée, c'était au tour des personnes rescapées des tentatives meurtrières de l'assassin et des proches des victimes dont la vie a été emportée de prendre la parole. A l'issue de ces heures éprouvantes, Latifa Ibn Ziaten, mère d'Imad Ibn Ziaten, militaire abattu par Mohamed Merah, est intervenue sur notre antenne. Elle a commencé par dire ce qu'elle ressentait durant ces audiences: "On vit toujours avec l’angoisse. On vit des jours difficiles. On arrive presque à la fin. J’ai l’espoir."

"Abdelkader Merah vit sur une autre planète"

Latifa Ibn Ziaten a ensuite abordé le sujet de la personnalité de l'accusé Abdelkader Merah. "C’est très difficile. Il n’a pas la même religion que la mienne. Je ne suis pas dans sa religion, c’est vraiment quelqu’un qui vit sur une autre planète et pas sur la mienne. Je ne le vois pas humain, tout simplement. Il est absent, même si son corps est là", a-t-elle indiqué. 

Un propos répété de l'accusé l'a particulièrement frappée. En le signalant, elle a soutenu que selon elle, Abdelkader Merah avait joué un rôle actif dans le basculement criminel de son frère:

"Il m’a beaucoup choqué quand il dit : ‘Mon petit frère’. Il n’a pas arrêté de dire ça. Ça m’a beaucoup choquée car je suis religieuse pratiquante et moi j’aurais sauvé mon frère dans ce cas-là. Lui, c’est le contraire. Son petit frère était une machine à tuer. Il l’a préparé, j’en suis sûre et certaine. Ils ont dit à un moment donné: ‘Merah voulait se suicider’. Un musulman ne se suicide pas. Donc il l’a préparé pour qu’au lieu de se suicider, il tue sept personnes avant de partir comme un ‘martyre’ pour lui". 

"On ne s'en sortira pas comme ça"

Elle espère également qu'on en apprenne un jour davantage sur le déroulement des assassinats: "Normalement, Merah n’était pas seul. Quand il a tué mon fils, ils étaient deux. Et j’aimerais bien savoir qui était le deuxième." Elle a aussi évoqué le passage à la barre de Bernard Squarcini, ex-patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (la DCRI devenue depuis la DGSI), qui a admis jeudi dernier que la recherche de Mohamed Merah avait souffert de retards. "Il y a eu beaucoup de retard. Un mort, c’était déjà trop. Ils n’ont pas fait le nécessaire tout de suite. Je le regrette et le dis à chaque fois. Ce que vient de dire cet homme, ça m’a soulagée de le voir revenir sur ses mots, il avait une partie de la vérité. J’étais vraiment contente et il m’a apaisée quelque part", a expliqué à ce sujet Latifa Ibn Ziaten. 

Aujourd'hui, à travers son association Imad-Pour la jeunesse et la paix, Latifa Ibn Ziaten parcourt la France. S'écartant un instant du récit du procès, elle a apporté son témoignage sur la situation critique d'une part de la population:

"Il y a un travail énorme à faire avec cette jeunesse. Pour certains jeunes qui ont besoin d’aide, ça va être très compliqué. Très long. On ne s’en sortira pas comme ça. Je peux vous le dire. Je suis sur le terrain, dans les écoles, les prisons, je vois ce qu’il se passe. (…) C’est un virus qu’on est en train de vivre en France. Si on ne le soigne pas, on risque d’être contaminé."

Robin Verner