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Sécurité: ces "voisins vigilants" qui surveillent leur quartier

Un panneau Voisins Vigilants, installé dans un quartier.

Un panneau Voisins Vigilants, installé dans un quartier. - -

Alors que la légitime défense est au cœur de l'actualité et des débats, BFMTV.com revient sur le réseau des "voisins vigilants", qui depuis une dizaine d'années, suivant le modèle américain, propose aux habitants de "veiller" sur leur quartier.

L'affaire du bijoutier de Nice, qui a tiré sur son braqueur, relance les questions d'auto-défense et de prévention des cambriolages. Et popularise des initiatives telles que celle des "voisins vigilants" apparue il y a une dizaine d’années en France.

En juin 2011, Claude Guéant, alors ministre de l'Intérieur, avait vivement encouragé dans une circulaire ce type de "participation citoyenne". Le site Voisins vigilants permet ainsi de créer des communautés de voisins qui "surveillent" leur quartier, en accord avec la municipalité et la police ou la gendarmerie. Le dispositif, qui s’inspire des "neighboorhood watch" aux Etats-Unis, ne vise pas pour autant à créer des milices de quartiers. Explications.

> En quoi consiste le dispositif "voisins vigilants"?

Le site Voisinsvigilants.org propose une plate-forme et des outils aux habitants d’un quartier pour créer une communauté. Cette communauté de voisins d’un quartier se charge alors, le plus souvent en collaboration avec la mairie et les forces de l’ordre, de surveiller les alentours. De noter des faits inhabituels, mais aussi de vider la boîte des voisins en vacances et d'informer la police en cas de fait inhabituel ou suspect. Le but est d'empêcher les cambriolages.

Le dispositif s'accompagne également d'accessoires, comme des brochures, des autocollants, des pancartes et consiste à améliorer la collaboration entre les "voisins" et la police.

"Dans 8 cas sur 10, ce sont des voisins qui sollicitent leur municipalité, pour demander s’ils peuvent installer des panneaux et être mis en relation avec la gendarmerie ou la police", explique Thierry Chicha, co-fondateur du site, à BFMTV.com. "Dans 2 cas sur 10, c’est le maire qui a entendu parler du dispositif et vu que cela marchait bien dans une commune voisine, il cherche des volontaires".

> Y a-t-il un effet "bijoutier à Nice"

Thierry Chicha constate en effet un pic d’inscriptions depuis quelques temps, une centaine par jour, mais précise que le phénomène a commencé à enfler "depuis la fin des vacances".

Il compte aujourd’hui environ 3.000 communautés, réparties dans 2.000 villes. Ces villes se situent "plutôt en zones périurbaines, en périphérie de grandes villes, dans de petits lotissements. Les "voisins vigilants" sont plutôt des gens âgés d’une soixantaine d’années".

> Quel bilan pour les communes?

Thierry Chicha évoque une baisse de 20 à 40% des cambriolages, dans les communes de "voisins vigilants", tout en précisant que ces chiffres datent de 2011 et émanent du ministère de l'Intérieur.

A Moussy-le-Neuf, en Seine-et-Marne, qui a été une commune pilote à adhérer au dispositif, le bilan est "très positif" selon la mairie, interrogée par BFMTV.com. Avant de parler chiffres, on y évoque d’abord "le lien privilégié entre la gendarmerie, la commune et les administrés" et les habitants qui se "prêtent au jeu, dès qu’ils aperçoivent quelque chose".

> Quels sont les risques de dérives?

La Ligue des Droits de l'Homme s'est alarmée à plusieurs reprises des dérives que peuvent occasionner le dispositif, arguant qu'il "vise à ancrer le sentiment d'insécurité". En 2010 également, le député communiste Alain Bocquet, avait déposé à l’Assemblée nationale une proposition de résolution "tendant à la création d’une commission d’enquête relative à l’opération "voisins vigilants", (...) à la maîtrise qu’en assume ou non l’État, à sa conformité avec la loi française et avec les valeurs et principes républicains".

"Le rôle du "voisin vigilant" est d'être bienveillant et de faire attention aux détails", insiste Thierry Chicha, qui reconnaît avoir eu "très peur", quand le site a pris de l'ampleur, des dérives et des délations abusives. Mais il affirme n'avoir "jamais vu" de message à caractère raciste dans les mails des "voisins vigilants". Il n'y a pas de délation abusive non plus, selon lui, dans la mesure où les auteurs sont clairement identifiés.

Les gendarmes invitent par ailleurs les membres des communautés de voisins à une réunion d'information, fixant le cadre réglementaire, leur rappelant ce qu'ils peuvent faire et ne pas faire. "Jamais un "Voisin vigilant" ne doit intervenir pour empêcher un cambriolage ou un acte de délinquance", est-il rappelé sur le site. La mairie de Moussy-le-Neuf résume l'esprit: "Le "Voisin vigilant" n’est pas un cowboy."

Magali Rangin