BFMTV

Salle de sport pour Abdeslam: une situation qui n'a rien d'exceptionnel

Le député LR Thierry Solère a dénoncé dans un courrier la possibilité de Salah Abdeslam de disposer d'une salle de musculation privée. Rien d'anormal pourtant pour un détenu placé à l'isolement.

"J'ai été très étonné de constater qu'une cellule avait été transformée en salle de sport et encore plus étonné d'apprendre que son usage était exclusivement réservé à cet individu." Cet individu, c'est Salah Abdeslam, le détenu le plus surveillé de France. Cet étonnement, c'est celui de Thierry Solère, député Les Républicains, qui a visité la semaine dernière le centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis, dans l'Essonne.

Dans un courrier adressé au ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, l'élu des Hauts-de-Seine s'interroge sur les conditions d'incarcération de l'unique survivant des commandos des attentats du 13 novembre. Une position partagée par François Fillon, invité lundi matin sur BFMTV et RMC, qui juge cette situation "incompréhensible". "Il doit avoir le traitement minimal, il n'y a aucune raison de lui faire la moindre faveur", martèle le candidat à la primaire de la droite sur BFMTV et RMC.

Le précédent Ferrara

Garantir l'accès à une salle de sport aux personnes détenues, qui dans le cas d'Abdeslam n'est composée que d'un rameur, c'est respecter la loi, et cela indépendamment de son statut pénal. "L’isolement n’est pas une mesure disciplinaire, précise le ministère de la Justice. Par conséquent, les personnes détenues placées au quartier d’isolement conservent l’intégralité de leurs droits."

Le dispositif dont bénéficie Salah Abdeslam n'a donc rien d'exceptionnel. En 2003, lors de sa détention à l'isolement dans la prison de Fleury-Mérogis, le "roi de la belle", Antonio Ferrara, figure du grand banditisme, disposait lui aussi d'une salle de sport pour son seul usage avec un appareil de musculation et un tapis de course. "L'administration pénitentiaire n'a pas les moyens de l'autoriser à fréquenter la salle de sport commune aux autres détenus", explique à BFMTV.com une source syndicale.

"Tous les détenus qui sont à l’isolement en France ont le droit de faire du sport", complète sur RMC Philippe Kuhn, délégué régional Ile-de-France du syndicat pénitentiaire des surveillants.

Salah Abdeslam est placé à l'isolement depuis son transfèrement en France le 27 avril dernier. Aucun contact avec les autres détenus n'est autorisé. Une partie du quatrième étage du bâtiment D3 a été entièrement vidée pour pouvoir l'accueillir. Sous la surveillance d'une trentaine d'agents pénitentiaires, et d'un système de vidéosurveillance installé dans sa cellule, le jeune homme peut sortir une heure par jour dans une cour qui lui est réservée. Le reste du temps, il regarde des émissions de télé-réalité, prie ou lit le Coran, note le JDD.

Surpopulation et manque d'effectifs

"Ca ne me choque donc pas qu'il ait sa salle de sport, poursuit le syndicaliste. Il doit être isolé, on ne peut pas le laisser enfermer 24h/24. Pendant qu'il fait du sport ou qu'il court, il décompresse, c'est aussi un moyen de protéger les surveillants." Tous font alors part de leur incompréhension face à cette polémique. "Ce qui est bien c’est que de plus en plus de députés visitent des prisons", ironise Philippe Kuhn, préférant pointer les problèmes de surpopulation ou de manque de surveillants.

Selon lui, il manquerait 1.500 agents en France à l'administration pénitentiaire. "Ce qui est choquant ce sont les conditions d’accueil des détenus en Ile-de-France", poursuit le délégué syndical. Avec de plus en plus d'arrivants et la fermeture du centres jeunes détenus, fin janvier, pour rénovation, la prison de Fleury-Mérogis a un taux de 195% d'occupation. Une situation que sa directrice a souhaité dénoncer dans une lettre adressée à la fin du mois de juin au ministre de la Justice.

Justine Chevalier