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Retrait de la grenade GLI-F4: pourquoi l'annonce de Castaner est surtout symbolique

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Le ministre de l'Intérieur a annoncé l'arrêt de l'usage des grenades GLI-F4, accusées d'avoir blessé plusieurs dizaines de personnes dans des opérations de maintien de l'ordre. Mais le gouvernement français n'achète déjà plus ces armes depuis plusieurs années, et leur utilisation devait s'arrêter à l'épuisement prochain des stocks des forces de l'ordre.

"J'ai pris la décision de les retirer de l'usage." Interviewé sur France 3, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a annoncé ce dimanche le retrait de la grenade GLI-F4 de l'arsenal des forces de l'ordre. Cet outil de maintien de l'ordre controversé a déjà été accusé plusieurs fois de provoquer des blessures graves, notamment lors des événements sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique).

"Les grenades explosives GLI-F4 qui ont comme défaut de contenir de l'explosif, mais qui ne servent aux policiers que dans les cas les plus graves, j'ai pris la décision de les retirer de l'usage", a lancé Christophe Castaner. Et de poursuivre: "Elles n'ont pas une couleur, elles n'ont pas un signalement spécifique et il est arrivé, il y a plusieurs mois, que des policiers soient obligés de les utiliser pour se désengager d'une menace, et que des manifestants les prenant volontairement en main se blessent gravement", a déclaré le ministre.

Cette annonce a, par exemple, été saluée par l'avocat Arié Alimi, qui défend plusieurs personnes blessées par ces grenades: "Je pense que c'est une excellente décision mais qui aurait dû malheureusement être prise beaucoup plus tôt". La France était le seul pays en Europe à encore utiliser les GLI-F4.

Plus de commandes, mais des stocks à épuiser

Mais la fin de l'utilisation de ces grenades n'est pas une nouveauté lancée par Christophe Castaner. La GLI-F4 n'est plus commandée depuis 2014, et a été peu à peu remplacée par d'autres grenades. "La GLI F4 sera utilisée jusqu’à épuisement des stocks" déclarait en juin 2018 le ministère de l'Intérieur à Libération, "elles seront progressivement remplacées par la GM2L", une autre grenade sans effet déflagrant.

Les stocks de GLI-F4 étaient en voie d'épuisement, notamment chez les gendarmes mobiles et les CRS, expliquent deux sources sécuritaires à l'Agence France-Presse (AFP). L'annonce du ministre de l'Intérieur dimanche est donc surtout symbolique, mais retire tout de même "immédiatement" de l'usage ces grenades, plusieurs mois avant leur fin effective, faute de stock.

L'arrêt de la production de ce type d'armes avait été accéléré après la mort de Rémi Fraisse, tué par une grenade lors d'une opération de maintien de l'ordre en octobre 2014 à Sivens (Tarn), alors qu'il participait à une manifestation contre la construction d'un barrage. L'utilisation des grenades offensives F1 avait ensuite été interdite.

Une dangerosité connue depuis plusieurs années

Dès 2014, un rapport de l'IGPN (Inspection générale de la police nationale) et de l'IGGN (Inspection générale de la gendarmerie nationale) déclarait à propos des grenades que "les dispositifs à effet de souffle produit par une substance explosive ou déflagrante sont susceptibles de mutiler ou de blesser mortellement un individu, tandis que ceux à effet sonore intense peuvent provoquer des lésions irréversibles de l’ouïe". Il ne se prononçait toutefois pas pour l'arrêt de leur utilisation.

Cinq avocats de blessés par ces grenades ont publié un communiqué dans la foulée de l'annonce de Christophe Castaner, rappelant qu'ils réclament l'arrêt de l'usage de ces grenades depuis fin 2018, alors que les GLI-F4 avaient fait plusieurs blessés parmi les gilets jaunes. Cette grenade est "notoirement connue pour sa dangerosité, ses défaillances techniques et sa potentielle létalité", écrivent les avocats.

Le journaliste David Dufresne, qui recense notamment les blessés parmi les manifestants gilets jaunes, a publié son "bilan" de cette arme dimanche: "33 blessés dont 5 mains arrachées".

Salomé Vincendon