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Qui sont les deux hommes jugés avec Jawad Bendaoud?

Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh ont été tué dans un appartement de la rue du Corbillon, à Saint-Denis.

Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh ont été tué dans un appartement de la rue du Corbillon, à Saint-Denis. - AFP

Mohamed Soumah et de Youssef Aït Boulahcen sont jugés à partir de ce mercredi par le tribunal correctionnel de Paris. Le premier est suspecté d’avoir mis en relation Jawad Bendaoud et Hasna Aït Boulahcen pour trouver une planque à son cousin, Abdelhamid Abaaoud. Le second aurait été au courant des manœuvres de sa sœur pour venir en aide aux terroristes du 13-Novembre.

Ils sont trois devant le tribunal correctionnel de Paris à partir de ce mercredi. Aux côtés du très médiatique Jawad Bendaoud, surnommé "le logeur" des terroristes du 13-Novembre, se trouvent dans le box des accusés Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen. Le premier est poursuive pour "recel de terroriste", le second pour "non-dénonciation de crime terroriste".

Mohamed Soumah, l’intermédiaire

Sans lui, la France n’aurait peut-être pas découvert, médusée, le visage de Jawad Bendaoud. Trois jours après les attentats qui ont fait 130 morts, Mohamed Soumah, dit "Mouss", est contacté par Hasna Aït Boulahcen, la cousine d’Abdelhamid Abaaoud, le "coordinateur sur le terrain" des attaques de Paris et de Saint-Denis. La jeune femme est à la recherche d’un logement "pour trois semaines", selon lui, mais semble diserte sur les événements.

Mohamed Soumah, 28 ans, est déscolarisé depuis la classe de troisième. Vol avec arme, tentative de vol avec arme, participation à une association de malfaiteurs… son casier judiciaire comporte 15 condamnations. La dernière remonte à 2013. Il avait écopé de six mois de prison pour avoir aidé un détenu, en permission de sortie, à prendre la fuite. "Mouss", qui se décrit lui-même, comme "un voyou trafiquant de stupéfiants" va mettre Hasna Aït Boulahcen, qu’il connait dans ce cadre, en contact avec Jawad Bendaoud. Les deux hommes se connaissent, eux, de la prison. Mohamed et Hasna se mettent d’accord : ce sera 700 euros pour lui et 500 pour Jawad.

Le 17 novembre 2015, le trio va échanger de nombreux messages. "Si cest toujour pour tn frère OK appel moi", lui lance Jawad Bendaoud. Ce même jour, il ne fait aucun doute, à l’écoute des conversations et messages téléphoniques, qu’Hasna Aït Boulahcen a averti Mohamed Soumah que le logement est lié à son cousin. "G aplé le poto, y ma dit rdv a 22h", lui écrit-il plus tard. Le "poto", c’est Jawad Bendaoud.

  • Mandat à La Poste pour récupérer de l’argent, taxiphone… Hasna Aït Boulahcen s’épanche sur tous les détails auprès de Mohamed Soumah. A son conseiller emploi et logement, elle affirme même qu’elle "a vu" son "cousin, il passe à la télé (…) il est recherché". Quand elle parle qu’ils seront trois, Soumah assure avoir cru qu’elle parlait de "copines ou d’amis junky". Le 17 au soir, la jeune femme, Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, suspecté d’être le troisième membre du commando des terrasses, se rendent rue de la République à Saint-Denis, à l’adresse transmise par Jawad Bendaoud. Ce dernier échangera un dernier message avec Mohamed Soumah à 23h07.

Les deux hommes conviennent alors de se voir le lendemain, le 18 novembre 2015. La localisation et l’assaut du Raid dans cet immeuble à l’angle de la rue de la République et de la rue Corbillon vont contrarier leur plan. Jawad Bendaoud est interpellé sur place, Mohamed Soumah, que les enquêteurs ont dû mal à identifier, est rattrapé le 1er décembre 2015 à Malakoff, dans les Hauts-de-Seine.

Youssef Aït Boulahcen, le frère

Youssef Aït Boulahcen est pour poursuivi pour "non-dénonciation de crime terroriste". Dans un premier temps, pas inquiété par la police, les exploitations de ses lignes téléphoniques et de ses ordinateurs recueillis lors des perquisitions menées à son domicile vont le conduire à être placé en garde à vue le 17 mars 2017. Des photos d’Abdelhamid Abaaoud ou de la documentation jihadiste y ont notamment été découvertes.

La justice va chercher à savoir, comme pour Mohamed Soumah, si Youssef Aït Boulahcen était au courant que sa sœur, Hasna, était en contact avec leur cousin impliqué dans les attentats du 13-Novembre et s’il aurait pu livrer sa cache aux autorités. L’enquête a démontré que le frère et la sœur sont entrés en contact de manière fréquente et récurrente dès le 15 novembre 2015. Elle lui aurait notamment communiqué l’adresse de la planque d’Abaaoud, rue des Bergeries, à Aubervilliers. La jeune femme lui a parlé du "cousin de la Belgique", du "pote à Hamid" dans des messages où elle insistait pour qu’il la rappelle.

"Je l’ai vu, il veut ton numéro. Il va disparaître. Il va bientôt mourir à cause de son cancer", écrit, dans un message codé, Hasna à son frère Youssef le 16 novembre. Une référence au projet terroriste d’Abaaoud de commettre un attentat dans le quartier d’affaires de La Défense, comme l’a confirmé Sonia*, une amie d’Hasna.

Youssef Aït Boulahcen se décrit comme un musulman, non radicalisé. Il explique alors que le téléchargement des documents liés au jihadisme était dans un but de s’informer. Il assure même que sa sœur était malade dans sa tête, et avoir bloqué les messages provenant de son numéro les jours suivants les attentats. Pour "non-dénonciation de crime terroriste", Youssef Aït Boulahcen, dont le casier judiciaire est vierge, encourt jusqu’à cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende.

Justine Chevalier