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Prothèses PIP: Jean-Claude Mas hué à l'ouverture de l'audience

Une prothèse mammaire PIP.

Une prothèse mammaire PIP. - -

Cinq dirigeants de l'entreprise PIP sont jugés depuis ce mercredi à Marseille pour avoir produit des prothèses mammaires remplies d'un gel industriel non conforme, mettant en danger la vie de milliers de femmes.

Sur le banc des victimes: des femmes blessées dans leur chair. Sur celui des prévenus: cinq dirigeants de l'entreprise PIP dont le prcès s'est ouvert mercredi. Ils sont jugés pour avoir produit des prothèses mammaires remplies d'un gel industriel non conforme. Jean-Claude Mas est arrivé au tribunal peu avant 10h30.

Pendant un mois, les juges du tribunal correctionnel de Marseille vont examiner comment la fraude s'est organisée, dix années durant, dans l'usine de la Seyne-sur-Mer dans le Var.

Au centre de la supercherie, un ancien VRP, Jean-Claude Mas, 73 ans, créateur de l'entreprise Poly Implant Prothèse en 1991. Il est accusé d'avoir concocté un gel de silicone non autorisé, au coût dix fois moindre que celui aux normes.

"J'attends qu'on soit considérées comme victimes"

Lorsque que Jean-Claude Mas a décliné à la barre son activité et ses revenus, une retraite de 1.700 à 1.800 euros, une partie du public l'a hué poussant la présidente à demander le silence.

Après avoir appelé les quatre autres prévenus, la présidente a entamé la lecture de l'acte d'accusation. Auparavant, la Cour de cassation s'était déclarée incompétente pour statuer sur une demande de dépaysement réclamée par une prévenue, Hannelore Font, directrice de la qualité chez PIP.

Les plaignantes ont commencé à arriver tôt au Parc Chanot et certaines d'entre elles portaient des badges de leurs associations. Angela Mauro, 47 ans, est venue de Metz pour les trois premiers jours. Ses prothèses posées en 2003 après une perte de poids liée à la pose d'un anneau gastrique se sont ensuite percées deux fois, occasionnant souffrances, arrêts de travail et changement d'emploi. "J'attends qu'on soit considérées comme victimes et pas seulement comme des femmes qui ont voulu mettre des prothèses", dit-elle.

Un quart des implants défectueux

L'enquête des gendarmes, diligentée en 2010 après une visite de l'Afssaps, alertée par des chirurgiens sur les taux de rupture élevés affectant les prothèses, a montré que la société réalisait une économie d'un million d'euros par an.

Auditionné, Jean-Claude Mas a clamé que "le gel PIP était moins cher" et que, pour lui, les femmes portaient plainte "pour le fric", ses prothèses n'étant pas nocives.

Mais des tests ont montré que le gel modifiait bien la durée de vie des prothèses. En France, où le gouvernement a appelé à des retraits préventifs, la moitié des porteuses se sont fait retirer leurs implants. Résultat: un quart d'entre eux étaient défectueux. Avec, à la clé, des effets irritants.

5.100 plaintes

Du fait du retentissement international de l'affaire, le procès a été délocalisé dans un centre de congrès pour pouvoir accueillir les plaignantes et 300 avocats.

En tout, plus de 5.100 porteuses d'implants PIP (des Françaises pour la plupart) ont porté plainte dans ce dossier ouvert pour "tromperie aggravée", qui concerne bien plus de femmes encore: selon les autorités sanitaires, 30.000 porteuses ont été recensées en France.

A l'étranger, elles sont également nombreuses à porter des PIP. La société, avant sa liquidation début 2010, réalisait 84% de son chiffre d'affaires à l'export, notamment en Amérique latine et en Europe de l'Ouest.


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