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Professeure braquée à Créteil: les enseignants et parents entre colère et résignation

L'agression d'une enseignante à Créteil provoque la colère des associations d'enseignants, qui y voient l'incarnation dramatique d'un climat très dégradé dans les établissements français.

"Colère" et "résignation": c'est ainsi que Jean-Rémi Girard, secrétaire général du syndicat national des lycées et collèges, décrit l'état d'esprit des enseignants après l'agression qui a eu lieu la semaine dernière dans un établissement de Créteil, en région parisienne.

Un élève de 16 ans a braqué un pistolet - qui se révélera par la suite factice - sur la tempe d'une de ses professeures. Une scène choquante, filmée par un camarade de classe puis diffusée sur les réseaux sociaux. Ce cas provoque la colère des associations d'enseignants, qui y voient l'incarnation dramatique d'un climat très dégradé dans les collèges et lycées français.

"Beaucoup de collègues sont entre la colère et la résignation, la colère parce qu'on est dans un métier où on est pas censé vivre ce genre de choses; la résignation parce que ces problématiques dépassent très largement l'éducation nationale", abonde le syndicaliste.

Des élèves incapables de discerner le bien du mal

Selon lui, ce cas ne marque pas une aggravation de la situation, il témoigne simplement d'un cap, franchi il y a de cela plusieurs années. "Les chiffres de la violence dans les établissements scolaires sont malheureusement stables depuis quelques années. Dans 80% des établissements du second degré en France, il y a des agressions, le plus souvent verbales, mais qui peuvent aller beaucoup plus loin", estime-t-il.

Iannis Roder, directeur de l'observatoire de l'éducation-fondation Jean Jaurès, se dit lui aussi "extrêmement choqué par la scène" et estime que le cas de Créteil "dit beaucoup de choses sur les difficultés immenses que rencontrent certains enseignants". "Cela dit aussi que cette collègue est très isolée puisqu'elle n'en parle pas à sa hiérarchie, qui l'apprend par la diffusion de la vidéo".

Face à des professeurs laissés à eux-mêmes et résignés, les élèves sont selon lui "dans la toute puissance". "Parfois les élèves n'ont absolument pas conscience de leurs gestes et de leur portée. Certains, qui vont devoir voter dans 2, 3 ans, ne sont pas capables de discerner le bien du mal. Il y a un vrai problème d'éducation."

Quant aux moyens de lutter contre cette violence, Jean-Rémi Girard concède que quelques moyens ont été mis en place. Il évoque "des personnels de surveillance, mais très peu", des portiques "très compliqués à organiser" et qui "n'empêchent pas d'introduire certains objets". "Dans l'ensemble, on est extrêmement démuni", juge-t-il.

"Il faut augmenter le personnel humain"

Un constat partagé par les parents d'élèves, selon Rodrigo Arena, président de la Fédération des conseils de parents d'élèves de Seine-Saint-Denis:

"Cette réalité-là, c'est celle que nous vivons depuis des mois et qui est celle d'une augmentation de la violence" 

Selon lui, le coupable est tout trouvé: le manque de personnel encadrant dans les établissements.

"Ca fait plusieurs mois, voire plusieurs années qu'on alerte sur le fait que le personnel éducatif est en nombre insuffisant par rapport aux besoins sur le terrain. Tout ce qu'on répond c'est des caméras de surveillance, des grilles, ce qui ne règle pas la question. Il faut augmenter le nombre de personnel humain pour prévenir les enfants qui vont mal."

"Evidemment nous sommes pleinement solidaires avec les professeurs, mais il faut aussi penser aux enfants qui ont subi cette scène-là et qui sont aussi choqués", conclut-t-il.

Claire Rodineau