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Professeur décapité: le point sur l'enquête au lendemain de l'attentat à Conflans-Sainte-Honorine

L'enseignant, qui travaillait dans un collège des Yvelines, avait montré des caricatures de Mahomet à ses élèves. Neuf personnes sont désormais en garde à vue.

La décapitation à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines, d'un professeur d'histoire-géographie qui avait montré à ses élèves des caricatures de Mahomet, a frappé d'effroi la France vendredi soir. Cette dernière est de nouveau touchée par un "attentat terroriste islamiste caractérisé", selon les mots d'Emmanuel Macron, trois semaines après l'attaque devant les anciens locaux de Charlie Hebdo.

"Ils ne passeront pas. L'obscurantisme ne gagnera pas". C'est un chef de l'État visiblement ému, entouré du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et du ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui a appelé la nation à "faire bloc". Il a fait cette courte allocution quelques heures après l'assassinat de l'enseignant, à la sortie du collège du Bois d'Aulne où travaillait la victime.

Neuf personnes en garde à vue

Rapidement après l'attaque, survenue vers 17 heures près de l'établissement scolaire, une enquête a été ouverte pour "assassinat en relation avec une entreprise terroriste" et "association de malfaiteurs terroriste criminelle" par le parquet national antiterroriste (Pnat).

Selon les informations de BFMTV, un total de neuf personnes ont été placées en garde à vue. Parmi elles, il y a d'abord quatre membres de la famille de l'assaillant abattu vendredi: ses parents, son grand-père et son petit frère de 17 ans. Ils ont été interpellés dans l'Eure, à Evreux, où ont également eu lieu des perquisitions.

Il y a également cinq autres personnes, toujours d'après nos informations, dont le père auteur de la vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle il se plaint de l'attitude du professeur qui, avant de montrer des caricatures de Mahomet à ses élèves, avait proposé à ceux susceptibles d'être choqués de quitter la salle.

Il y a aussi en garde à vue un ami du père (qui l'avait accompagné voir la proviseure) et trois autres personnes. Elles ont été interpellées dans les Yvelines, à Conflans-Sainte-Honorine et à Chanteloup-les-Vignes.

L'identité de l'assaillant

Le procureur antiterroriste Jean-François Ricard doit donner une conférence de presse ce samedi après-midi, vers 15 heures. Selon une source proche de l'enquête, l'assaillant a crié "Allah Akbar" avant d'être abattu par les policiers à Éragny, dans le Val-d'Oise. Une pièce d'identité retrouvée sur lui indique qu'il serait né à Moscou en 2002, selon une source judiciaire.

Selon une source proche de l'enquête consultée par BFMTV, les enquêteurs confirment désormais le lien entre un message posté sur Twitter par un compte désormais fermé, montrant une photo de la tête de la victime sous laquelle Emmanuel Macron est qualifié de "dirigeant des infidèles". Son auteur, qui assure vouloir venger celui "qui a osé rabaisser Muhammad", est donc bien l'agresseur.

Le déroulé des événements

Selon nos informations, c'est le 5 octobre que la victime de l'assassinat dispense un cours portant sur la liberté d'expression. C'est dans ce cadre qu'il entend montrer des caricatures de Mahomet à ses élèves de 4ème. Le 8 octobre, le père d'une élève de l'établissement décide de déposer plainte contre le professeur. Un signalement parvient également à Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE, la première association de parents d'élèves, faisant état "d'un père extrêmement énervé".

Une enquête est alors ouverte, l'enseignant est entendu le 12 octobre et les policiers lui révèlent le contenu de la plainte du père de famille. Le professeur découvre, stupéfait, que ce père parle d'une élève qui ne fait pas partie de sa classe. Il raconte le cours qu'il a fait, qui portait bien sur les caricatures de Mahomet, avec thèse et antithèse, proposant à des élèves qui ne voulaient pas assister à ce cours d'en sortir. Le dessin montrait le prophète accroupi avec une étoile dessiné sur ses fesses et l'inscription "une étoile est née".

Au vu des accusations dont il fait l'objet, l'enseignant va décider à son tour de déposer plainte, non pas pour violences ou menace, mais pour "diffamation" et "dénonciation calomnieuse". Quatre jours plus tard, il est retrouvé décapité.

Vague d'indignation

Le choc et l'incompréhension dominaient vendredi soir chez les élèves et leurs parents dans ce quartier pavillonnaire, qu'ils décrivent comme calme et sans histoire. L'attentat a également soulevé une vague d'indignation dans la classe politique, tous bords confondus. À l'Assemblée nationale, les députés se sont levés pour "saluer la mémoire" du professeur et dénoncer un "abominable attentat".

"Le séparatisme islamiste doit être combattu sans relâche, sans jamais faiblir", a réagi la députée La République en marche des Yvelines Aurore Bergé, alors qu'un projet de loi sur le sujet doit être présenté le 9 décembre en Conseil des ministres. Cette attentat atteint un "niveau de barbarie insoutenable", a condamné la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen. "Ignoble crime", s'est indigné le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon.

Charlie Hebdo a exprimé sur Twitter "son sentiment d'horreur et de révolte", estimant que "l'intolérance vient de franchir un nouveau seuil".

Cette attaque survient trois semaines jour pour jour après l'attentat au hachoir perpétré par un jeune Pakistanais de 25 ans devant leurs anciens locaux. L'auteur de cet attentat islamiste avait déclaré aux enquêteurs avoir agi en réaction à la publication et la republication par Charlie Hebdo début septembre des caricatures de Mahomet, à l'ouverture du procès des attentats de janvier 2015.

Depuis la vague d'attentats jihadistes sans précédent amorcée en 2015 en France, qui a fait 259 morts avec ce professeur, plusieurs attaques ont été perpétrées à l'arme blanche, notamment à la préfecture de police de Paris en octobre 2019, ou à Romans-sur-Isère en avril dernier.

Par Sarah-Lou Cohen avec Jules Pecnard et AFP