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Un quadruple meurtre pour un trésor inexistant: le procès "Troadec" s'ouvre ce mardi à Nantes

Hubert Caouissin est jugé à partir de ce mardi à Nantes, soupçonné d'avoir tué quatre membres de sa famille, avant de dépecer leurs corps. Sur fond de paranoïa et de jalousie maladive, la famille se déchirait pour un magot qui n'a jamais été retrouvé.

Comme tant d'autres familles, l'affaire Troadec-Caouissin éclot sur un conflit d'argent. L'argent d'un mystérieux magot, des pièces d'or datant de la Seconde Guerre mondiale, dont la supposée spoliation par l'un des membres a nourri une haine fratricide pendant des années. Ce butin n'a jamais été retrouvé, mais a conduit aux meurtres violents de Pascal, Brigitte et leurs enfants Sébastien et Charlotte Troadec, à Orvault, près de Nantes, en février 2017. Le beau-frère de Pascal, Hubert Caouissin est jugé à partir de ce mardi devant la cour d’assises de Loire-Atlantique pour les avoir tués, dépecés et tenté de faire disparaître leurs restes dans ce que l'on surnomma "la ferme de l’horreur".

Jeu de piste

Ce funeste huis-clos familial démarre au cours des vacances d’hiver 2017, lorsqu'une sœur de Brigitte, inquiète de ne pas avoir de nouvelles depuis plusieurs jours, prévient les autorités. En pénétrant dans le pavillon des Troadec, les policiers constatent la disparition des draps sur chacun des lits, mais surtout des traces de sang au sol et sur des affaires du fils. Une enquête est aussitôt ouverte pour "homicide volontaire, enlèvement et séquestration". Les enquêteurs nantais craignent de voir se répéter un scénario qui les hante encore: l’affaire Dupont de Ligonnès, dont le théâtre du drame s'est joué six ans plus tôt à moins de 4 kilomètres.

La police judiciaire de Nantes, lors de la reconstitution des meurtres de la famille Troadec à leur domicile, en avril 2019.
La police judiciaire de Nantes, lors de la reconstitution des meurtres de la famille Troadec à leur domicile, en avril 2019. © Sebastien SALOM-GOMIS / AFP

Les jours suivants, un véritable jeu de piste s'opère entre la Loire-Atlantique et le Finistère, avec la découverte d’effets personnels de la famille éparpillés dans le département breton: la carte vitale de la fille Charlotte à Dirinon, deux livres de jeunesse de Pascal à Loperhet… Très vite, des soupçons se portent sur l'aîné, Sébastien, avec l'exhumation d'anciens messages postés sur Twitter:

"Si on savait ce qui se passer (sic) réellement dans ma tête ont (sic) me prendrer (sic) pour un fou sans morale", peut-on notamment y lire.

Hubert Caouissin trahit par son ADN

Les analyses des objets récupérés au domicile familial vont toutefois conduire la police sur une autre piste: une trace d’ADN d'Hubert Caouissin, l'époux de la sœur du père disparu, a été retrouvée sur un verre dans la cuisine. Une présence inexpliquée, alors que les deux familles ne se fréquentent plus depuis plusieurs années. Lydie, la sœur de Pascal, et son époux, sont persuadés que son frère a volé "des lingots d'or" appartenant à leur père.

Ce dernier aurait trouvé un magot alors qu'il rénovait un appartement à Brest et aurait indiqué à Pascal sa cachette juste avant de mourir. Depuis, une profonde rancœur s'est installée dans la famille, divisée en deux clans: d'un côté les Caouissin et Renée Troadec, la mère de Pascal et Lydie, de l'autre Pascal, son épouse et leurs deux enfants. La situation s'est nécrosée au point que chacun en craigne pour sa vie.

"J’ai coupé les chairs"

De nouveau placé en garde à vue, Hubert Caouissin finit par céder. Il livre de terribles aveux sur 17 pages dans lesquels il admet avoir tué toute la famille. Le quadragénaire dit s'être rendu au domicile des Troadec un soir pour les espionner, mais a été surpris par Pascal, qui l'aurait attaqué avec un pied-de-biche. Dans un récit invraisemblable, le mis en cause explique avoir été attaqué par chacun des membres de la famille, l'obligeant à les tuer un par un. Lydie Troadec est également placée en garde à vue et admet à son tour avoir aidé son mari à transporter les corps après qu'il lui ait avoué "avoir fait une connerie".

La ferme des Caouissin, à Pont-de-Buis (Finistère), en mars 2017.
La ferme des Caouissin, à Pont-de-Buis (Finistère), en mars 2017. © FRED TANNEAU / AFP

L'horreur ne s'arrête pas là. De retour dans leur ferme de Pont-de-Buis, Hubert Caouissin se charge seul de démembrer les corps:

"J'ai coupé les chairs avec le couteau et après j'ai séparé la colonne vertébrale." Dans une tentative de brûler les corps, il réalise que les cadavres sont "très humides": "J'ai donc enlevé la peau jusqu'au niveau de l'avant-bras", détaille-t-il lors de son interrogatoire.

Paranoïa délirante

La police scientifique découvre alors des centaines de morceaux de chair humaine sur le terrain des Caouissin. Malgré de multiples fouilles, les crânes, comme l'arme de crime n'ont, eux, jamais été retrouvés. De multiples expertises ont depuis mis à mal la version d'Hubert: les enfants, Sébastien et Charlotte, auraient été tués allongés dans leur lit. C'est l'une des zones d'ombre sur laquelle va devoir se pencher la cour d’assises pendant trois semaines.

Elle tentera aussi de faire la lumière sur la personnalité trouble du principal accusé: un homme souffrant de "paranoïa délirante", selon les experts. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité, sa femme jusqu’à trois ans de prison. A l'époque, après avoir terminé son sordide labeur dans le jardin, Hubert Caouissin s'était désespérément épanché auprès de son fils, Henri, alors âgé de 8 ans:

"Papa m’avait dit un secret le 2 mars, que c'était lui qui avait tué la famille Troadec et là j’ai pleuré. (...) Papa fera beaucoup plus d'années de prison que maman", avait confié l'enfant aux enquêteurs.
Esther Paolini Journaliste BFMTV