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Procès Bonnemaison: la fin de vie de nouveau devant la justice

L'ex-médecin est de nouveau jugé pour avoir injecté des produits létaux à sept patients en fin de vie. Il avait été acquitté l'an dernier, mais le parquet avait fait appel.

Clivant, poignant et toujours vif, le débat sur la fin de vie revient devant la justice ce lundi avec le procès en appel à Angers de l'ex-urgentiste Nicolas Bonnemaison, pour sept cas "d'empoisonnement" de patients âgés, incurables et en phase terminale. Le frêle médecin bayonnais aux lunettes arrondies et au doux sourire avait été acquitté en juin 2014 par la cour d'assises de Pau, au terme d'un procès éprouvant et long de 11 jours. Le parquet général avait ensuite fait appel de son acquittement. Nicolas Bonnemaison est donc rejugé jusqu'au 24 octobre, cette fois-ci devant la cour d'assises d'appel du Maine-et-Loire.

Sept patients "aidés" à mourir

L'ex-urgentiste est accusé d'avoir, entre mars 2010 et juillet 2011 dans son unité du centre hospitalier de la Côte basque, à Bayonne, injecté des produits létaux à sept patients âgés et incurables, dont les traitements avaient été arrêtés. Décrit par les experts-psychiatres comme "hyper-compassionnel" au point de n'être "pas assez lucide", Nicolas Bonnemaison n'avait informé ni soignants, ni familles de ses actes. Aux assises, il s'est défendu en disant avoir agi en médecin "jusqu'au bout du bout". 

Aucune des familles des victimes n'a porté plainte, mais deux s'étaient constituées parties civiles, dont celle de Catherine Iramuno, 86 ans, morte en avril 2011 après que Nicolas Bonnemaison lui ait administré un sédatif sans en informer la famille. Le fils et la belle-fille Iramuno attendent à Angers "des explications et une condamnation", a indiqué leur avocate.

Malgré son acquittement, Nicolas Bonnemaison a été radié par l'Ordre des médecins, une sanction confirmée par le Conseil d'Etat. Un recours contre cette décision est en attente à la Cour européenne des droits de l'homme. Il a toutefois retrouvé un poste non-médical à mi-temps à l'hôpital de Bayonne, un emploi qui lui fait "énormément de bien", selon son avocat.

Un "droit à la sédation profonde" à l'étude

Le texte sur la fin de vie est par ailleurs sur le point d'évoluer. L'Assemblée nationale vient d'adopter en deuxième lecture une proposition de loi du médecin et député LR Jean Léonetti et du député PS Alain Claeys, instaurant un "droit à la sédation profonde et continue", un endormissement jusqu'au décès pour les malades incurables et au pronostic vital engagé à court terme.

En ne requérant que cinq ans de prison, avec sursis possible sur l'intégralité, l'accusation à Pau avait traduit l'an dernier l'inconfort de ce procès d'un médecin dont la "volonté n'était pas de faire le mal (...) mais pour faire le bien, au regard de la loi, il a fait le mal", selon les termes employés par l'avocat général lui-même. La Cour d'assises du Maine-et-Loire va être confrontée pendant deux semaines à ce dilemme.

A. G. avec AFP