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Prisons: le Contrôleur général veut autoriser les portables

Un détenu téléphone à sa famille, le 29 avril 2010 au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse.

Un détenu téléphone à sa famille, le 29 avril 2010 au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse. - -

Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, s'est redit favorable à ce que les détenus soient autorisés à posséder un téléphone portable, dont les appels seraient contrôlés.

Un téléphone portable en prison? La situation est loin d'être rare, mais elle reste pourtant prohibée. Jean-Marie Delarue, Contrôleur général des lieux de privation de liberté, aimerait que cela change. Mercredi soir, lors de son audition devant la commission des lois de l'Assemblée nationale, il s'en est expliqué.

"Nous épuisons les personnels à la recherche de téléphones portables, ce qui est un puits sans fond", a regretté Jean-Marie Delarue, rappelant qu'aux Baumettes à Marseille, environ 900 téléphones mobiles étaient saisis chaque année. D'autant que, selon lui, les portables saisis ne sont pas exploités par les services enquêteurs.

Le Contrôleur a dit s'être entretenu du sujet avec des personnels pénitentiaires afin de connaître leur sentiment. "Ils m'ont dit: ça ne changera rien, mais ça apaisera considérablement la détention". Son avis est donc sans appel: "Je crois que, le jour venu, il faudra autoriser les téléphones portables en détention".

Des appels qui seraient sous contrôle

A titre d'illustration, il a évoqué la récente mutinerie survenue à Argentan, dans l'Orne, début décembre. Une quinzaine de détenus s'étaient retranchés dans une aile du bâtiment et s'étaient livrés à des actes de vandalisme. Or, la veille, avait eu lieu, dans cette même aile, une fouille générale au cours de laquelle on avait saisi une vingtaine de téléphones portables. "Les personnes détenues à Argentan sont loin de tout. Ce qu'il leur reste, c'est le téléphone portable", a-t-il expliqué.

"Je préférerais qu'on autorise les téléphones et qu'on contrôle, tous les dix jours, pour savoir qui le détenu a appelé", a estimé le Contrôleur. Comme il l'avait déjà écrit dans un avis du 20 juin 2011, Jean-Marie Delarue s'est également prononcé pour l'accès des détenus à une messagerie électronique.

Les mails, "pas plus dangereux" que les courriers

"Je ne crois pas que cette messagerie pose des problèmes de nature différente de celle des courriers", a-t-il fait valoir, rappelant que tous les courriers, entrant et sortant, étaient lus par le personnel pénitentiaire, pour raisons de sécurité. Un administrateur informatique pourrait ainsi contrôler régulièrement l'ensemble des messages envoyés et reçus par chaque détenu depuis sa boîte de messagerie électronique.

Pour le Contrôleur, l'accès à la messagerie électronique serait également, au même titre que le téléphone portable, "un facteur d'apaisement considérable en détention, sans aucun risque de sécurité". "Je souhaite vivement que les pouvoirs publics réagissent à bref délai", a-t-il exhorté. Son audition s'inscrivait dans le cadre de travaux relatifs à une proposition de loi, qui vise à renforcer les prérogatives du Contrôleur.

A. G. avec AFP