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Prison de la Santé: dans les coulisses du nouveau quartier de prévention de la radicalisation

Depuis la tentative d'assassinat, au nom de Daesh, de deux surveillants pénitentiaires par un détenu, l’administration a complètement revu la gestion de ses prisonniers radicalisés en créant des quartiers spécifiques. BFMTV a pu visiter ceux de la prison de la Santé à Paris.

Les assises de Paris accueillent à partir de ce mardi le premier procès d’un attentat jihadiste fomenté en prison. Cette attaque violente et déterminée a été menée en 2016 par le détenu Bilal Taghi à la prison d’Osny, dans le Val-d’Oise. Le jeune homme de 27 ans voulait "passer à l’acte au nom de Daesh", il a tenté d'assassiner deux surveillants pénitentiaires. Un traumatisme pour l'administration qui a depuis entièrement repensé le traitement des détenus radicalisés en France. Pour la première fois, les caméras de BFMTV ont eu accès à ces quartiers hautement sécurisés.

A la prison de la Santé, à Paris, un quartier de prévention de la radicalisation (QPR) a été créé au mois de juin. Derrière ces portes, des hommes d’une trentaine d’années qui ont tenté de se rendre en Syrie ou qui en reviennent. "Il a une capacité de douze détenus, toutes les cellules sont occupées", nous explique le directeur de l’établissement, Bruno Clément-Petremann. Une autre aile, d’une capacité de 33 détenus, ouvrira "dans le courant de l’année 2020", ajoute-t-il.

"Cellules de détention ordinaires"

Murs blancs, fenêtre avec barreaux et caillebotis… "Ce sont des cellules de détention ordinaires, elles sont équipées de la même manière que les autres, à la seule différence que le mobilier est scellé au sol", poursuit Bruno Clément-Petremann qui précise: "Ici, ce qui compte c’est la prise en charge."

De fait, les détenus radicalisés travaillent quotidiennement avec toute une équipe de professionnels. "On essaye de déconstruire, de créer le doute. On les met en relation avec des universitaires, des chercheurs et le médiateur cultuel qui effectue un gros travail de remise en contexte de l’islam, des textes et de leur savoir", détaille une conseillère pénitentiaire qui s’entretient une à deux fois par semaine avec six des douze détenus en QPR à la prison de la Santé.

"C’est un travail lent et sur lequel on n’a pas encore beaucoup de recul. Mais sur certains profils on constate déjà une évolution et on pourra demander un retour en détention ordinaire car ils ne présentent pas de signes de violence", détaille la conseillère pénitentiaire. Le quartier de prévention de la radicalisation n’est qu’une étape dans le parcours pénitentiaire de ces détenus, un séjour de six mois renouvelables.

Alexandra Gonzalez avec Ambre Lepoivre