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Prison de Condé-sur-Sarthe: ce qui a changé depuis l'attentat

Un attentat s'est déroulé au mois de mars à la prison de Condé-sur-Sarthe.

Un attentat s'est déroulé au mois de mars à la prison de Condé-sur-Sarthe. - AFP

Près de deux mois après l'attentat qui s'est déroulé à la prison de Condé-sur-Sarthe, la ministre de la Justice est auditionnée ce mardi par l'Assemblée nationale. Un rapport de l'Inspection générale a été remis à Nicole Belloubet pour formuler des propositions sur l'amélioration de la sécurité dans la prison.

Tirer les conséquences de l'attentat de la prison de Condé-sur-Sarthe. La ministre de la Justice est auditionnée ce mardi après-midi à 14 heures par l'Assemblée nationale pour comprendre les dysfonctionnements qui ont permis à Michaël Chiolo, détenu radicalisé condamné pour meurtre, de poignarder deux surveillants le 5 mars dernier. L'Inspection générale de la Justice a établi que l'établissement fonctionnait de manière satisfaisante mais que le niveau de sécurité pouvait encore être relevé.

Ce rapport confidentiel remis au mois d'avril à Nicole Belloubet comporte 37 recommandations concernant la sécurité de la prison de Condé-sur-Sarthe. Les inspecteurs jugent favorables l'installation de nouvelles caméras de vidéosurveillance pour améliorer la surveillance dans certaines zones de circulation, l'installation d’un tunnel à rayon X pour le SAS marchandise, d’un POM (portail à onde millimétrique) ou d’un outil technologique facilitant le contrôle des visiteurs, d’équipements individuels à compléter comme des gilets pare-lames pour tous les surveillants.

Renforcement des équipements individuels

Le 5 mars dernier, Michaël Chiolo, qui purgeait une peine de prison de 30 ans pour le meurtre d'un octogénaire, a poignardé deux surveillants de prison alors qu'il se trouvait en unité de vie familiale (UVF) avec sa compagne. C'est cette dernière, tuée lors de l'assaut donné par le Raid, qui avait introduit un couteau en céramique lui permettant de passer à l'acte. L'inspection générale de la Justice a ainsi recommandé des changements dans la gestion des permis de visite et l’instruction des demandes d’UVF, pour certains circuits visiteurs, par la modification de la configuration des lieux et par la clarification des règles de palpation aléatoire.

Dans son rapport, l'IGJ avait également relevé deux facteurs dans la gestion du cas Chiolo, pourtant sur écoute en raison de sa radicalisation connue, qui ont pu permettre son passage à l'acte: l'absence de palpation de la compagne du détenu, une mauvaise communication entre le bureau du renseignement pénitentiaire et les responsables de la détention. L'attentat avait entraîné près de 15 jours de blocage par les surveillants pénitentiaires au terme desquels ils avaient obtenu quelques avancées.

Transfert de détenus

"Les choses ont changé dans l'état d'esprit, dans la façon de travailler, a expliqué à BFMTV Alassane Sall, délégué local FO-Pénitentiaire. Des choses ont changé au niveau des pratiques. Désormais, les visiteurs sont systématiquement palpés. "En cas de refus, ils font demi-tour", poursuit le syndicaliste. "Il y a également des caméras embarquées qui ont été prévues", a fait valoir la ministre lors d'un déplacement dans la prison au début du mois d'avril, parlant également du développement d'une brigade cynotechnique.

Par ailleurs, selon nos informations, une quinzaine de détenus considérés comme difficiles ont été retirés de Condé-sur-Sarthe. Ils ont été transférés dans plusieurs autres prisons entre le mois de mars et le mois d'avril, pour faire baisser les tensions. "C'est un véritable problème pour le maintien des liens familiaux", s'agace Me Benoit David, avocat d'une dizaine de détenus à la prison de Condé-sur-Sarthe, qui avait déposé un recours auprès du tribunal administratif et du conseil d'Etat pour dénoncer la situation dans le centre.

"Il y a des atteintes au maintien des droits familiaux, des atteintes au droit à la défense, poursuit-il. Pendant le mouvement de grève, les détenus ne pouvaient pas envoyer de courrier, ils n'avaient le droit à aucun contact avec l'extérieur." L'avocat dénonce les tensions et le stress créé par les nouvelles mesures de sécurité. "Les activités n'ont pas été rétablies, le travail à peine. Les Eris, armées et cagoulées, sont en permanence sur place. Beaucoup de détenus ont été placés à l'isolement. Leurs familles, même les enfants, sont fouillées systématiquement et corporellement, c'est-à-dire à nu, avant les parloirs. Ils comprennent qu'il y ait plus de sécurité, mais ils sont choqués par la violence de ces mesures."

Alexandra Gonzalez avec Justine Chevalier